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mercredi 15 juin 2011

Le Minotaure

Vu que cela fait longtemps que je ne vous ai pas pourri votre journée par un de mes pavé folklorique, je me permet de venir réparer ce manquement (en plus court, je vous ai manqué ?). Pour cette fois, on va revenir au folklore plus connu histoire de démarrer en douceur (je vous torturerais avec une bestiole chimérico-nébulo-héraldique une autre fois).


Qui n'a pas rêvé de parcourir un gigantesque Labyrinthe de buis après avoir lu les oeuvres de Lewis Carroll (je fracasse celui qui me parle de Burton) ou encore se perdre dans les délires de logique des Escaliers d'Escher. Le Labyrinthe, représenté dans de nombreuses cultures comme les Celtes ou les Grecs, possède une forte symbolique d'initiation et de cheminement vers son destin qui se façonne peu à peu sous ses nombreux méandres. Mais qu'est ce qu'un Labyrinthe sans son gardien ? Je présenterais donc le plus connu d'entre-eux à savoir : le Minotaure.


Le nom Minotaure signifie: le taureau de Minos (roi de Crête). Monstre hybride à corps d'homme et à tête de taureau de près de trois mètres de haut, né des amours interdits (que j'expliquerais plus en détail plus loin) entre un taureau immaculé du roi et l'épouse de ce dernier la bien nommée : Pasiphaé.


Pour parler du Minotaure, il me faudra raconter l'un des exploits du demi-frère d'Hercule : le sieur Thésée et, pour bien faire, commencer par le début (s'éclaircit la voix un brin).

Minos et sa famille :

Quelques années avant le retour de Thésée, Egée régnait déjà sur Athènes et le roi Minos gouvernait l'île de Crête. Il s'était marié très jeune à une femme (un bouc cela aurait été inquiétant) nommée Pasiphaé. Le mariage donna lieu à de nombreux sacrifices à la gloire des dieux et en particulier un superbe taureau blanc qui devait être offert à Neptune (dieu marin grand amateur de chevaux). Mais, Pasiphaé émue par le sort de l'infortunée créature, demanda à ce qu'il soit épargné et Minos y consentit.

On pourra dire que c'est le taureau de l'île de Crête en plus... bourrin.

Neptune irrité de se voir retirer son sacrifice, ensorcela Pasiphaé pour qu'elle tombe amoureuse du taureau. De leur union naquit un monstre bizarre au corps d'homme et à la tête de taureau, qui fut appelé le Minotaure. Minos, croyant voir son propre fils, décida de le garder tout en cachant aux yeux de tous son existence. Il fit venir un architecte génial nommé Dédale (je vous conseille au passage le livre : J'ai bien connu Icare) pour construire une prison dont personne une fois rentré ne peut sortir. Le Labyrinthe était né.

Constitué d'un réseau complexe de routes, détours, voies, impasses... dans lesquels il était impossible de s'y retrouver sans les plans. Minos demanda justement à Dédale de lui remettre ces derniers pour les brûler. Le Minotaure fut conduit dans sa nouvelle résidence d'été, offrant à Minos la garantie que personne ne pourra voir son “fils” avec en rab, l'assurance que les éventuels curieux ne pourront pas venir raconter ce qu'ils ont vu.


Minos vécut plusieurs années dans la paix et la joie aux côtés de son épouse
qui lui donna trois enfants : un fils, Androgée et deux filles Ariane et Phèdre. Lorsque son fils Androgée eut quinze ans, son père trouva bon de lui faire voir un peu du pays et l'envoya à Athènes muni d'une recommandation pour le roi Egée. Pour son plus grand malheur, le prince arriva au moment ou le roi Egée sortait pour aller à la chasse. Ne voulant pas gâcher sa sortie, le roi proposa à Androgée de l'accompagner... Le jeune-homme inexpérimenté et imprudent y fut tué par un lion.

Minos scandalisé de cet outrage aux lois de l'hospitalité (et peut-être aussi pour le fait d'avoir fait mourir son fils également), monta une expédition punitive contre Athènes. A la tête de son armée, il vainquit celle d'Egée et lui imposa de cruelles conditions :

"- Tous les neuf ans et à compter de ce jour, sept jeunes gens et sept jeunes filles de la noblesse athénienne me seront envoyés sur un navire aux voiles noires et je les donnerai en pâture au Minotaure."
  
Egée vaincu ne put que se résigner et envoyer la première cargaison vers leur funeste destin.


Le fil d'Ariane :

neuf ans après la signature de cet infâme traité, lorsque Thésée arrive à Athènes, il ne tarde pas à trouver le peuple en train de s'affairer aux préparatifs du second envoi vers la Crête. Après une longue discution avec son père (le roi), Thésée put le convaincre de le placer dans le prochain convoi à la seule promesse de tout faire pour exterminer le Minotaure et revenir sain et sauf de son expédition.


"- Si tu en réchappes lui dit son père, change les voiles noires du navire par des voiles blanches
afin que de loin j'apprenne la bonne nouvelle."
A peine Thésée et ses treize compagnons ont débarqué sur l'île, que le roi Minos leur annonce qu'ils seront livrés au Minotaure dès le lendemain, tout en ajoutant :
"- Mais comme je respecte, moi, les lois de l'hospitalité, je vous invite ce soir à un grand dîner dans mon palais (après-tout il y aura plus de viande à ronger sur les os)."
A ce dîner, Thésée se retrouva placé, en raison de son haut rang, entre les deux filles du roi. Il éprouva aussitôt une vive attirance pour Phèdre, qui pourtant, ne lui accordait guère son attention; Ariane au contraire, que Thésée avait à peine regardé, tomba follement amoureuse de lui. A la fin du repas, Ariane avait secrètement décidé de tout faire pour sauver Thésée de la mort. Pendant la nuit, elle se rendit chez Dédale et le supplia de lui remettre les plans du Labyrinthe.

"- Je ne les ai plus, lui répondit Dédale, mais je connais un autre moyen de retrouver la sortie. Et il lui confia ce secret."


Le lendemain à l'aube, Arianne entra dans la chambre de Thésée qui encore dans les bras de Morphée (dieu du sommeil) se voyait dans ceux de Phèdre. Elle le réveilla donc prestement :

"- Je suis prête à te donner le moyen de sortir du Labyrinthe à l'unique condition que tu me promettes de m'emmener avec toi à Athènes et m'y épouser."

N'ayant pas trop le choix, Thésée accepta cette offre et Ariane lui expliqua ce qu'il devait faire :
"- Voici une grosse pelote de fil. En entrant dans le Labyrinthe, attache un bout du fil à la grille d'entrée et déroule la pelote pendant ton trajet. Il te suffira pour retrouver ton chemin de suivre le fil en sens inverse."

Thésée fit ce qu'Ariane lui avait conseillé. Après avoir longtemps erré dans le dédale de couloirs, il découvrit le Minotaure, le tua à l'aide de son épée et revint sain et sauf à la grille (excusez le récit épique en deux mots mais les sources sont assez mince sur le sujet) avec ses treize compagnons. Ariane les y attendait, et c'est avec elle qu'ils s'embarquèrent aussitôt sur leur navire.

 Le combat entre Thésée et le Minotaure.


La fuite de Dédale et Icare :

Lorsque le roi s'aperçut de la fuite de Thésée et de sa fille, Minos mena une enquête qui lui révéla la complicité de Dédale. Pour le punir, il enferma l'architecte et son fils dans sa propre création : le Labyrinthe, tout en s'assurant qu'il ne portait aucune pelote de ficelle afin de sortir de là (il existe une autre version où le roi enferme les deux héros dans une cage fabriquée par les soins de Dédale et perchée sur une falaise avec des gardes autour. Dédale se fera passer pour fou en se prenant pour un oiseau et demandera au roi des plumes et d'autres fournitures pour s'envoler dans les cieux. Minos croyant que son architecte a définitivement perdu l'esprit, lui accordera cette faveur non sans un certain humour. Pour finir par voir les deux prisonniers s'envoler dans les cieux et sous son nez).
Icare déclara :

"- Puisque la voie terrestre nous est barrée, nous prendrons celle des cieux."


Génie de l'aviation avant l'heure, Dédale construisit deux paires d'ailes articulées qu'il fixa sur ses épaules ainsi que celles de son fils à l'aide de cire d'abeille. Après quelques essais, ils prirent leur vol, s'élevèrent au-dessus du Labyrinthe pour gagner les flots. Dédale avait recommandé à son fils de ne pas s'approcher du char d'Apollon (dieu de la médecine, poésie et qui tire le soleil sur un char), mais ce dernier ivre de liberté, oublia les conseils de son père et les rayons du soleil firent fondre la cire qui retenait les ailes du malheureux. Icare tomba comme une pierre, se noya et son père fou de chagrin poursuivi son vol jusqu'en Sicile.

L'abandon d'Ariane :

Pendant ce temps, Thésée voguait vers le royaume de son père. Depuis leur départ, Ariane lui manifestait un amour brûlant, exclusif (collant), pendant que de son côté Thésée lui ne voyait qu'une froide (glaciale) reconnaissance à son égard... Sentiment qui se changea rapidement en irritation, puis en ingratitude. Il décida finalement d'abandonner Ariane d'une façon très lâche mais classique. Comme certains propriétaires d'animaux de compagnie (excusez les comparaison douteuse) encombrants, il décida de faire escale sur l'île de Naxos et profita du couvert de la nuit pour se tailler en vitesse toutes voiles dehors...


A son réveil, la pauvre erra seule et en pleurs sur la grève pour finir par tomber sur le dieu Bacchus (dieu de l'ivresse) qui passait par-là. Il lui offrit du vin, la consola, s'éprit d'elle et l'épousa (en passant d'un roitelet à un dieu de la picole, elle a gagné aux changes).

Mort d'Egée :

Thésée cependant, approchait des côtes d'Athènes. Il avait eu tant de problèmes et de soucis depuis son départ de Crête, qu'il avait complètement oublié de changer les voiles du navire. Son père aperçut au loin les voiles noires et ne douta pas un instant que la chair de sa chair était morte. Désespéré il se jeta dans la mer Egée (qui porte depuis son nom).



En petite conclusion, pour ceux qui s'intéressent au sort du taureau blanc. Ce dernier sera capturé plus tard par Hercule et offert à Eurysthée pour purger un crime (l'un des douze travaux).

Idraemir

mercredi 18 mai 2011

Les Gorgones. Un monstre peut en cacher un autre

Il existe parfois des créatures mythiques étranges voire abominables... Mais, de temps en temps,
un monstre peut en cacher un autre. C'est le cas des Gorgones.


Les Gorgones, bien connues de la mythologie Grecque sont au nombre de trois mais, en se penchant un peu plus, on peut trouver la trace d'une seconde créature aux origines lybiennes. Je vais donc tenter par mes recherches et traductions, de décrire ces deux types de créatures qui n'ont de commun que le nom...

Gorgone lybienne.

La Gorgone lybienne :

Tiré du livre d' Edward Topsell, «The Historie of Four-Footed Beastes», (l'anglais employé n'est vraiment pas de cuisine donc je vous prie d'excuser ma traduction abrégée et hâtive...) la Gorgone est une créature terrifiante qui ressemblerait (très) vaguement à une vache voire parfois à un gnou, dotée d'une solide carapace d'écailles voire parfois de fer (selon les représentations plus modernes). Cette créature apprécie fortement les plantes hautement toxiques comme nourriture, qui seront réutilisées plus tard en cas de menace... En effet, la bête pour se défendre, soufflera une haleine délétère et emplie de miasmes qui provoqueront la mort de la victime (non sans quelques vaines convulsions de sa part).

Catoblepas version rôliste.

La Gorgone est aussi la cousine du Catoblepas grec, qui selon les dires, ressemble à un énorme taureau noir doté d'une tête massive (ce qui fait que la jolie bestiole reste toujours l'échine courbée) et du coup fragile. Chose heureuse car, si l'on se hasarde à regarder la bête dans les yeux, ce sera pour finir en jolie décoration de jardin de pierre.


Meduse.

Les soeurs Gorgones :

Revenons donc au mythe le plus connu, à savoir les Gorgones (je me répète assez sur le coup il faut l'avouer...). Leur nom provient du grec gorgos signifiant effrayant. Au nombre de trois avec pour noms : Sthéno, Euryale et Méduse, les soeurs sont dotées de l'immortalité hormis Méduse, pouvant donc être pourfendue (on peut les différencier par la chevelure : Sthéno et Euryale sont pourvues de couleuvres tandis que Méduse arbore des vipères). Filles de Phorcys et de Ceto et, vivant près du jardin des Hespérides, leur apparence était abominable : un nez écrasé, une langue ophidienne frétillante, une chevelure hérissée de serpents, des mains de bronze, des ailes d'or et un arrière-train de jument (plus souvent de serpent). Méduse pourtant la seule mortelle du groupe, possède en contrepartie une solide protection d'écailles ainsi qu'un
regard pétrifiant (retour aux décorations de jardins pas chères).


A l'origine, les Gorgones étaient des femmes magnifiques, en particulier Méduse qui violée par Poséidon au sein même du temple d'Athéna fût changée en Gorgone pour la punir (pendant que Poséidon rentrait tranquillement chez lui)... Une boucle de chevelure de Gorgone serait un talisman fort efficace contre le mauvais oeil (pour ceux qui seraient assez fous pour tenter leur chance). Selon Asclépios, le sang de Méduse de la partie gauche de son corps aurait la particularité de ressusciter les morts, tandis que le droit changerait le patient en viande froide...


Le mythe le plus populaire traitant des Gorgones, est l'histoire de Persée (que je vais vous conter à l'instant). Il était une fois, un roi nommé Acrisios qui n'avait qu'une fille nommée Danaé. Etant allé consulter un oracle pour voir s'il aurait la chance un jour d'avoir un descendant mâle, Acrisios s'entendit répondre qu'il n'aurait pas de fils, et que s'il avait un petit-fils, ce dernier le tuerait. Pour ne prendre aucun risques, le roi enferma sa fille dans une haute tour d'airain ouverte sur le ciel, mais fermée au monde extérieur par une unique porte dont Acrisios gardait toujours la clé. Une fois par jour, il lui apportait ses repas et la laissait le reste du temps, à l'abri des regards, hormis de ceux de la gent ailée...

Version “dark“ de la Gorgone.

Un beau jour, l'aigle de Jupiter passant par là, il aperçut Danaé et, stupéfié par sa beauté, alla directement rendre compte de sa découverte à Jupiter, qui se mit aussitôt en tête de conquérir le coeur de la belle captive (est-il à préciser que Jupiter est un incorrigible coureur de jupons?). Comme l'accès lui était interdit, il décida d'emprunter la voie des airs en adoptant la forme d'une pluie d'or, forme sous laquelle il alla prodiguer ses caresses à Danaé...

Représentation classique de la Gorgone.

Quelques mois plus tard, Acrisios s'aperçut que sa fille était enceinte. Il la fit enfermer dans un tonneau qu'il jeta aussitôt à la mer. Porté au gré des vagues, le tonneau s'échoua sur une île et Danaé tout en s'extirpant du contenant, donna le jour à un fils qu'elle appela Persée. Le roi de cette île Polydecte, séduit par la beauté de Danaé (pas du tonneau), se mit en devoir de lui faire la cour, mais cette dernière repoussa longtemps les avances du roi, préférant se consacrer entièrement à son fils. Elle n'accepta d'épouser Polydecte que lorsque Persée eût seize ans. Un grand repas de fiançailles fut organisé et de nombreux voisins se joignirent à la fête apportant de magnifiques cadeaux. Seul Persée qui n'avait pas un sou vaillant en poche dut venir les mains vides... Humilié, il s'enivra à tel point qu'il alla trouver le roi pour lui déclarer qu'il irait chercher pour lui le plus somptueux des cadeaux qu'il pouvait désirer. Ravi de l'occasion de se débarrasser d'un importun, Polydecte sauta sur cette aubaine. Il chargea Persée de lui ramener la tête de la Méduse...

Représentation rôliste de la Gorgone.

Dégrisé, Persée se rendit compte qu'il s'était un peu trop avancé mais surtout qu'il ne savait vraiment pas comment approcher le monstre et encore moins par quel prodige le tuer... Voyant sa progéniture dans l'embarras, Jupiter convoqua son fils Mercure (dieu des voyageurs, messagers, commerçants et voleurs) afin d'aller le trouver sous le déguisement d'un jeune berger.

"- Tu m'a l'air soucieux, lui dis celui-ci; puis-je faire quelque chose pour toi ?
- J'en doute, réponds Persée; je suis à la recherche des gorgones et, personne ne semble savoir où elles demeurent.
- Je l'ignore aussi, répond le pseudo-berger, mais je sais qui pourrait te renseigner : il y a très loin d'ici, vers le nord, une contrée où tout est gris. Dans ce pays vivent trois soeurs qu'on appelle les Grées (appelées aussi les Moires ou les Parques). Elles n'ont qu'un oeil pour elles trois et s'en servent à tour de rôle. Ce sont les seules personnes qui peuvent se flatter d'être aussi hideuses que les Gorgones. Elles organisent d'ailleurs chaque année un concours de laideur qui se tient alternativement chez les unes et chez les autres. Elles pourraient donc te dire où habitent leurs rivales. Mais elles n'accepteront de parler que si tu les y forces, en t'emparant de leur oeil unique. Si tu le désire, je peut te conduire chez les Grées."


Après un long voyage rythmé par quelques incidents, Persée et Mercure arrivent chez les Grées. Dans un paysage gris sous un ciel gris (autant vous faire la blague du prince noir, sur son cheval noir, attaqué par des ours noirs, dans la forêt noire, à minuit...), les trois soeurs vêtues de gris, étaient accroupies et parlaient à voix basse. A intervalles réguliers, l'une d'elle retirait l'oeil unique de son front et le passait à sa voisine. Caché derrière un arbre, Persée observa pendant un moment leur manège. Tout à coup, alors qu'une des soeurs allait donner l'oeil, Persée bondit de sa cachette et arrache l'oeil de la main de la Grée.

"- Je ne vous le rendrai, déclare-t-il, que si vous me dites où je peut trouver les Gorgones."

Les Grées, bien forcée de capituler et de parler lui donnèrent ces renseignements, mais, avant de leur rendre leur oeil, ce dernier déclara encore :
"- Comment pourrais-je distinguer la Méduse de ses deux soeurs ?
- Rien de plus simple, lui répond une des Grées. Les serpents qui forment la chevelure de la Méduse sont des vipères, alors que ceux de ses soeurs sont des couleuvres; comme tu le sais sans doute, les vipères ont une tête triangulaire alors que les couleuvres ont une tête ovale.
- Mais, reprends Persée, comment pourrais-je me livrer à un examen approfondi sur leur chevelure, si un seul regard jeté sur une Gorgone suffit à me changer en pierre ?
- Cela c'est ton affaire, répondent les Grées."


Persée une nouvelle fois dans l'embarras, Jupiter demande à sa fille Minerve (déesse de la
justice, sagesse, des mathématiques,...) de concocter un plan pour Persée. Minerve réfléchit quelques instants avant d'aller quérir quelques objets chez les dieux pour apparaître sans déguisement devant Persée (proche de la caverne des Gorgones). Elle lui confie les ailes de Mercure afin de voler, Le casque de Pluton (dieux des enfers) qui rend invisible, l'épée de Mars (dieu de la guerre) capable de percer les écailles les plus épaisses, le sac de Junon (épouse et soeur de Jupiter) qui a la capacité de prendre les dimensions de l'objet qu'on y introduit et enfin, le bouclier de bronze de Minerve, poli comme un miroir, qui lui permettra d'observer les Gorgones de façon indirecte pour éviter un sort funeste (ça c'est de l'équipement...).

Medusa de Castlevania.

Armé de tout ce fatras, Persée avance à reculons en volant vers les Gorgones. S'aidant du bouclier miroir pour repérer Méduse, il plonge l'épée de Mars (inutile de préciser qu'il est invisible aux yeux des soeurs) dans le corps de Méduse, la décapite et fourre sa tête dans le sac de Junon avant de s'enfuir au “triple galop” (du sang de Méduse naîtra un Géant ainsi que le cheval ailé Pégase dont je parlerais peut-être une autre fois de façon plus détaillée).


Sur le chemin du retour, Persée testa quelques fois les pouvoirs de la tête de Méduse. Une première fois pour pétrifier un serpent géant qui allait dévorer une jeune fille nommée Andromède attachée à un rocher (pour les cinéphiles, le film “Le choc des titans”, fait appel à un pseudo-kraken d'origine nordique qui contrairement à la croyance populaire ne possède pas toujours la forme d'une pieuvre géante...). Il délivra Andromède et en fit sa femme. Plus tard, lors d'un banquet qui tourna mal et où une centaine d'invités étaient bien décidés à le mettre en pièces, Persée utilisa la tête de Méduse pour former une jolie galerie d'art personnelle... Enfin, arrivé à son île, il invita Polydecte à ouvrir le sac de Junon pour y prendre son cadeau (ce qui fût son dernier geste).

Précisons que dans la mythologie il n'existe pas de Gorgone mâle...

Sa tâche accomplie, Persée put rendre à Minerve les différents effets des dieux tout en lui confiant en guise de cadeau la tête de la Gorgone (de peur d'en être victime un jour) qu'elle fixa comme trophée sur son bouclier.

Persée et Andromède vécurent longtemps et eurent beaucoup d'enfants dont l'un d'entre-eux était le père d'Alcmène et par conséquent, le grand père d'Hercule (côté maternel).

Idraemir

lundi 16 mai 2011

La Chimère

Pour encore varier les «plaisirs», nous allons parler d'un autre enfant d'Echidna (je pense que depuis le temps, il n'est plus vraiment nécessaire de la présenter) et de Typhon, à savoir : la Chimère.

Représentation originelle de la Chimère.

Son aspect général, malgré les nombreuses évolutions dans le genre (notamment par le fait des rôlistes) au fil du temps, serait un croisement entre le lion, la chèvre et le serpent (prenez ces trois animaux, mettez le corps du lion à l'avant, celui de la chèvre au centre et placez le serpent pour faire office de queue). Non contente d'être une armada de griffes, crocs, cornes et autres joyeusetés, la Chimère était capable de cracher le feu comme certains Dragons.


Chimère tricéphale.

Plus tard, la Chimère se trouvera dotée d'une paire d'ailes d'oiseau qui se changeront en ailes de Dragon. La Chimère autrefois pourvue de deux têtes (lion à l'avant et serpent à l'arrière), deviendra tricéphale (une tête de chèvre tiendra compagnie au lion), puis quadricéphale (une tête de Dragon se logera en rab en remplaçant parfois la tête de serpent, par une appendice caudal draconien)...

Chimère du rôliste.

Il est à préciser que si la Chimère est unique en son genre et provient de la Lycie (Asie Mineure), il existe dans le folklore une quantité non-négligeable de chimères de tous les horizons notament :


Enfield :

Probablement d'origine irlandaise, l'Enfield aurait été employé en héraldique. Tête de renard, poitrine de lévrier, serres d'aigle, pattes postérieures et queue de loup. L'Enfield avait pour rôle de protéger dans leurs sépultures, le corps des chefs de clans.


Gulon :

Symbole de gloutonnerie scandinave, le Gulon ressemble à un gros chien avec une tête de chat, une queue de renard, le tout agrémenté d'une épaisse et longue fourrure et, pourvu de griffes acérées (comme tout félidé qui se respecte). Le Gulon est réputé pour avoir un appétit sans fin. En effet, il avale sa nourriture (de la viande bien sûr) comme si sa vie en dépendait et jusqu'à ce qu'il soit proche d'exploser. Puis, une fois l'orgie culinaire achevée, il se faufile entre un étroit passage et pousse pour évacuer le trop plein de son estomac (on ne faisait pas mieux à Rome...). Une fois ce «délicat» moment passé, notre cher glouton s'en retourne baffrer à nouveau en un perpétuel recommencement...


 Le Gulon.

Bref, je ne m'attarderais pas plus sur ces lointaines cousines vu que le sujet qui nous intéresse porte avant tout sur la première Chimère. Je vais donc sans plus tarder, vous narrer les deux versions de Bellérophon et la Chimère :


Bellérophon tout comme Hercule, était le fils d'un dieu et d'une mortelle. Mais, contrairement à notre sympathique héros ivrogne aux gros biceps, ce dernier avait pour père Neptune le dieu des mers. Autre similitude avec Hercule, ce dernier aussi avait commis un crime involontaire et se devait de l'expier en se mettant au service d'un roi nommé Proetos. Différence flagrante par contre, Bellérophon au contraire d'Hercule n'était ni puissant ni courageux... En bref il devait se reposer sur l'appui paternel pour réussir (un fils à papa en gros).

 Représentation... originale de la Chimère.

La première mission (et la plus difficile) que le roi lui confia, fût d'aller tuer la Chimère. La bête avait la réputation d'être invulnérable hormis sur le tronçon central, et encore, en la frappant de haut en bas. Fort peu désireux d'incarner le loyal et preux chevalier, Bellérophon alla trouver son père qui lui confia Pégase (cheval ailé dont je parlerais sans doute prochainement), afin
d'attaquer le monstre par la voie des airs.


La première version nous offre un Bellérophon qui s'organise une séance de tir aux (gros) pigeons en criblant la Chimère de flèches jusqu'a ce qu'une partie vitale soit touchée... La seconde, nous montre notre «preux» cavalier qui attache une boule de plomb au bout de sa lance et la brandit sous son museau pour que cette dernière crache un long jet de flammes, qui fera fondre le plomb qui s'écoulera dans sa gorge pour finalement l'étouffer...


Idraemir

dimanche 1 mai 2011

La Manticore

"Si vous rencontrez la Manticore,
De sa queue méfiez-vous.
Des piquants protégez votre corps.
Car ils volent vers vous."

Manticore
Représentation classique de la Manticore chez les rôlistes (par Chris Rahn).

Ce court poème tiré d'un vieux livre de jeux de rôle, est parfait pour introduire cette créature des plus étrange qu'est la Manticore. Originaire de l'Inde, la nom de la Manticore vient du persan Mardikhouran qui signifie : mangeur d'hommes.

Sa description générale diffère selon les versions. En fait, la représentation la plus connue et utilisée est celle des rôlistes qui lui offre quelques "détails" supplémentaires. Je vais donc commencer par la version que je pourrai qualifier d'erronée puis vous offrir la version originelle.

Manticore
Version sanglante de la Manticore.

La Manticore des rôlistes :

"La Manticore est une créature hybride d'une sauvagerie redoutable. Son aspect général est celui d'un lion mais, avec une queue de scorpion, un visage humain muni de crocs, un regard bestial luisant d'une teinte écarlate et doté d'une paire d'ailes membraneuses ressemblant à celles d'un Dragon."

Comme cité plus haut, cette créature est extrêmement populaire dans le milieu rôliste (vous pouvez par exemple la voir en action dans l'excellente série "Sorcellerie" de Steve Jackson), mais également dans celui des gamers. Il est donc possible d'apercevoir sa "vilaine" bobine dans Baldur's Gate : Dark Alliance II (où vous maudirez sa capacité à vous projeter des piquants sur le râble), Golden Sun, The Witcher (où elle est citée lors d'un dialogue), Diablo III,... et sans aucun doute bien d'autres titres basés sur la fantasy et le folklore.

 Elle existe également dans les classiques de la littérature. En effet, dans "La Divine Comédie" de Dante (dans la première partie s'appelant "L'Enfer"), Geryon (fait référence à un personnage de la mythologie grecque et est lié aux douze travaux d'Héraclès) est transformé en une créature fort semblable à la Manticore. Il se voit pourvu d'une paire d'ailes, du visage d'un honnête homme, des pattes d'un lion, du corps d'une Wyverne, sans oublier une queue massive pourvue d'un dard de scorpion. Geryon servira de monture au poète Virgile ainsi qu'à Dante pour pouvoir atteindre le huitième cercle des Enfers. Mais puisque j'ai l'extrait en question sous la main, je vais sans plus tarder analyser le passage qui parle de notre "sympathique" créature...

Manticore
Illustration de Dominik Cledinger.

La Divine Comédie :

Chant XVII :

"Voici venir la bête à la queue aigüe,
qui passe les monts, qui brise les armes et les murs,
voici celle qui infecte le monde !"

Ainsi se mit mon guide à me parler ;
puis il lui fit signe de venir vers la berge,
près du bord des rochers où nous marchions.
Et cette hideuse image de fraude
s'en vint et hissa la tête avec le buste,
mais sans traîner sa queue jusqu'à la berge.
Sa face était celle d'un homme juste,
tant elle était d'apparence bénigne,
et le reste du corps était d'un serpent ;
elle avait deux pattes velues jusqu'aux aisselles ;
le dos et la poitrine et les deux flancs
étaient peints de noeuds et de roues.

Jamais Turcs ni Tartares ne firent d'étoffes
ou tissées ou brodées de plus vives couleurs,
et jamais Arachné n'en tissa de semblables.
Comme parfois sont amarrées les barques
qui sont à moitié dans l'eau et moitié à terre,
et comme là-bas chez les Germains gloutons
le castor s'installe pour faire sa guerre,
ainsi se tenait la détestable bête
sur le bord de pierre qui entoure le sable.
Toute sa queue s'agitait dans le vide,
en tordant vers le haut la fourche vénéneuse
qui en armait la pointe comme d'un scorpion

Arachné est issue de la mythologie grecque. Elle était une jeune femme modeste mais dotée d'un talent incomparable pour le tissage. Son don lui a par-contre valu un bien funeste sort : Héra l'épouse de Zeus, jalouse de ses compétences la transforma en araignée pour qu'elle ne soit plus capable que d'une chose : tisser...

Manticore
Version assez amusante de la Manticore, elle me fait penser au Lion Poltron du Magicien d'Oz.

"Maintenant", dit mon guide, "il faut que s'incline
un peu notre chemin jusqu'à cette bête
mauvaise qui se vautre par-là."
Aussi nous descendîmes sur le flanc droit,
et fîmes dix pas sur le bord extrême
pour fuir le sable et les flammèches.
Et quand nous fûmes arrivés jusqu'à elle,
je vois sur le sable un peu plus loin
des gens assis au bord du précipice.
Et là mon maître : "Afin que tu emportes
une pleine connaissance de ce cercle",
dit-il, "va et regarde leur peine.
Et là que tes discours soient brefs ;
en t'attendant je parlerai à cette bête,
pour qu'elle nous prête ses fortes épaules."

Dans "La Divine Comédie", l'Enfer est constitué de neuf cercles concentriques où ses occupants résident selon les péchés qu'ils ont commis.

- Le premier cercle, les Limbes, est la demeure des âmes pures qui n'ont pas reçu de baptême.

- Le second cercle est censé punir les luxurieux.

- Le troisième est la résidence des  gourmands qui doivent baigner dans une fange abjecte tout en subissant les tourments de Cerbère.

- Le quatrième cercle abrite les avares et les prodigues (personnes qui jettent l'argent par les fenêtres) qui sont séparés en deux groupes, destinés à s'affronter pour l'éternité en roulant des tas de pierres tout autour du cercle (un peu comme Sisyphe qui, condamné par Zeus pour diverses raisons, se retrouva à pousser un énorme rocher jusqu'en haut d'une falaise pour voir ce dernier dégringoler en bas chaque fois qu'il arrivait au bout de son pénible voyage).

Manticore
Illustration de Dan Scott.

- Le cinquième cercle se trouve aux abords du Styx et abrite les coléreux ainsi que les indifférents. Sur la rive opposée se niche le sixième cercle (deux pour le prix d'un) : la cité de Dité, résidence permanente des épicuriens (courant de pensée philosophique axé principalement sur la recherche constante du bonheur dans le but d'atteindre la tranquillité de l'âme) sans oublier les hérétiques.

- Le septième cercle lui, est constitué d'un ravin au fond duquel se trouvent trois sections. La première abrite le fleuve infernal Phlégéthon (un  fleuve de sang bouillonnant), où sont punis les violents (le Minotaure semble en faire partie). Sur l'autre rive se tiennent les violents contre eux-même (les suicidés), changés en arbustes secs et tourmentés pour l'éternité par les Harpies, sans oublier les gaspilleurs qui eux sont poursuivis et dévorés par des chiennes (une mort pour le moins originale). La troisième et dernière section de ce cercle est une lande brûlante où sont assignés à résidence les violents contre dieu, la nature et l'art, mais également les blasphémateurs, les sodomites (l'homosexualité pour l'époque était fortement réprouvée et la sodomie pouvait vous offrir un aller simple pour le bûcher, les galères, la prison et tout un choix d'activités "forts sympathiques") et les usuriers.

Geryon
Gravure de Gustave Doré représentant Dante et Virgile en train de chevaucher Geryon.

- Le huitième cercle (l'extrait que je vous présente se déroule à cet endroit précis) appelé Malebolge, est divisé en dix bolges (chaque bolge est un fossé circulaire. Les cercles sont concentriques et descendent en terrasses vers le bas). Dans les bolges, sont punis les : ruffians et séducteurs, les adulateurs et flatteurs, les fraudeurs et simoniaques (tenter de vendre des fausses reliques contre monnaie sonnante et trébuchante), les devins et ensorceleurs, les concussionnaires (profiter de ses hautes fonctions pour faire un profit illicite), les hypocrites, les voleurs, les conseillers fourbes (Ulysse et Diomède les héros de la guerre de Troie s'y trouvent d'ailleurs pour une raison qui m'échappe), les semeurs de troubles et les faussaires... Après cette longue description qui aurait fait suer un dictionnaire, nous passons au dernier cercle.

- Le neuvième et dernier cercle est divisé en quatre zones couvertes par les eaux gelées du fleuve Cocyte et sert de châtiment pour les traitres. La première : Caina (tirant son nom de Caïn qui tua son frère Abel), sert de logis pour les traîtres à la parenté. La seconde Antenora (liée à Anténor qui aurait joué un rôle dans la prise de la ville de Troie face à l'ennemi grec), où se tiennent les traîtres à la patrie. La troisième : Tolomea (en rapport avec Ptolémée XIII, qui aurait tué le général romain Pompée) abrite les traîtres à leurs hôtes et enfin la quatrième zone : Giudecca (pour Judas qui aurait trahi Jésus), où sont punis les traîtres à leurs bienfaiteurs (pour la suite, il s'agit du lieu où sont enfermés les pires traitres condamnés à être broyés pour l'éternité par les bouches de Lucifer, et encore plus loin, l'entrée du Purgatoire).

Voici donc un résumé des neuf cercles des Enfers. Si l'envie d'en savoir plus vous prend, lisez : "La Divine Comédie" de Dante, elle vous en dira certainement plus que moi.

Manticore
Illustration de Lucas Graciano.

Ainsi encore plus loin sur le rebord extrême
de ce septième cercle, tout seul, j'allai
là où étaient assis ces affligés.
Par les yeux la douleur éclatait au-dehors ;
deçà, delà, ils s'aidaient de leurs mains
contre les flammes et le sol embrasé :
les chiens ne font pas autrement en été
des pattes ou du museau, lorsque les puces
les mordent, ou les mouches, ou les taons.
Quand je fixai mes yeux sur le visage
de ceux sur qui descend ce feu douloureux,
je n'en reconnus aucun ; mais je vis
que du cou de chacun pendait une bourse
d'une certaine couleur, portant un certain signe
dont il semblait que leur oeil se repût.
Et lorsqu'en regardant je vins auprès d'eux,
je vis de l'azur sur une bourse jaune
qui avait la forme et la face d'un lion.
Puis en suivant le cours de mon regard,
j'en vis une autre rouge comme le sang,
qui montrait une oie plus blanche que le beurre.

Et un damné qui avait un sac blanc 
marqué d'une grosse truie couleur d'azur,
me dit : "Que fais-tu dans cette fosse ?
Va-t'en donc ; et comme tu es encore vivant,
sache que mon cousin Vitaliano
viendra s'asseoir ici, à mon flanc gauche.
Je suis Padouan parmi les Florentins :
et souvent ils me cassent les oreilles
en criant : Vienne le roi des chevaliers,
qui portera la bourse avec trois becs !"
Puis il tordit la bouche et tira la langue
comme un boeuf qui se lèche le nez.
Et moi qui craignais de fâcher, en restant plus,
celui qui m'avait dit de ne pas m'attarder,
je m'en revins, loin des âmes lassées.

Manticore
Superbe illustration de Jon Bosco.

Je trouvai que mon guide était déjà monté
sur les reins de l'animal farouche ;
il me dit alors : "A présent, sois fort et hardi.
Nous irons désormais par de telles échelles ;
monte devant, je veux être au milieu,
pour que sa queue ne puisse te blesser."

Tel est celui qui sent le premier frisson
de la fièvre quarte, qui a déjà les ongles blancs,
et tremble tout entier en regardant l'ombre,
tel je devins à ces paroles dites ;
mais la honte me fit ses menaces,
elle qui rend le courage au valet d'un bon maître.
Je m'assis donc sur cette affreuse échine ;
et voulus dire, mais la voix ne vint pas
comme je croyais : "Serre-moi dans tes bras."
Mais lui, qui d'autres fois m'avait tiré déjà
d'autres dangers, sitôt que je montai,
m'entoura de ses bras et me soutint.
"Pars maintenant, Geryon", dit-il ;
"que tes tours soient larges, et la descente douce ;
pense au nouveau fardeau que tu emportes."
Comme un petit bateau qui s'éloigne du port
à reculons, ainsi il s'éloigna ;
et quand il sentit qu'il avait libre jeu,
il mit sa queue là où se trouvait sa poitrine,
et la tendit puis il bougea comme une aiguille,
et ramena l'air à soi de ses pattes.

La fièvre quarte est un genre de fièvre qui survient tous les trois ou quatre jours, pour laisser le patient le reste du temps avec une température corporelle normale (le paludisme en est un bon exemple).

Manticore
Artwork tiré d'un des jeux de God of War.

Je ne crois pas que la peur fut plus grande,
Quand Phaéton abandonna les rênes,
ce qui brûla le ciel, comme on le voit encore ;
ni quand le malheureux Icare sentit ses reins
se déplumer, tandis que s'échauffait la cire,
et que son père lui criait "Tu fais fausse route !",
que ne fut ma frayeur quand je vis que j'étais
dans l'air de tous côtés, et que s'était éteinte
tout autre vue que celle de la bête.
Elle s'en va, nageant tout doucement ;
tourne et descend, mais je ne le saisis
qu'au vent sur mon visage et par-dessous.
J'entendais déjà la cascade à main droite
faire en dessous de nous un horrible fracas ;
aussi je penchai mes regards vers le bas.

Manticore

- Phaéton était dans la mythologie grecque le fils d'Apollon (dieu de la poésie, de la médecine et tirant le char du soleil), ce dernier se fit foudroyer par Zeus pour avoir volé le char de son père et perdu son contrôle.

- Icare était le fils de Dédale, génial inventeur et créateur du labyrinthe qui servait d'antre au Minotaure. Icare et Dédale seront emprisonnés par le roi Minos pour avoir participé à la fuite de sa fille avec le héros Thésée. Ils s'enfuiront à l'aide d'ailes de plumes enduites de cire. Icare ivre de liberté s'approchera trop près du soleil qui fera fondre la cire et ce dernier sombrera dans les flots.

Alors j'eus encore plus peur de la chute :
car je vis des feux et j'entendis des plaintes ;
et tout tremblant je resserrai les jambes.
Puis je vis, car jusqu'alors je ne les voyais pas,
la descente et les tours par les grands supplices
qui se rapprochaient de tous côtés.
Comme le faucon qui a longtemps plané
et qui, sans avoir vu ni appeau ni proie,
faire dire au fauconnier : "Tu descends, hélas !",
revient harassé là d'où il part tout vif,
après cent tours et se pose à l'écart
de son maître dédaigneux et rageur ;
Ainsi Geryon nous déposa au fond
juste au pied de la roche escarpée,
et dès qu'il se fut déchargé de nous,
il disparut, comme un dard décoché par un arc.

Manticore
Représentation fidèle à la description précédente bien que les traits humains soient absents.

La description de cette créature fort semblable à la Manticore mythique n'est pas sans intérêt. Si vous regardez plus bas la partie traitant de la version originelle, vous pourrez constater que cette dernière est dépourvue d'ailes. Au Moyen-Age d'ailleurs, elle était souvent représentée dans les bestiaires illustrés. Au XVIème siècle, elle refait son apparition dans l'héraldique (consultez l'article sur la Chimère si vous désirez en savoir plus sur le sujet) afin d'incarner le péché de tromperie (dans le sens ou son visage semble humain alors que son comportement est bestial). Bref tout ça pour en venir au fait que la Manticore ne possédait pas d'ailes dans les représentations faites à son sujet, jusqu'à la version de "La Divine Comédie" (qui a été écrite au XIVème siècle). L'auteur a peut-être jugé bon de la doter d'ailes pour des besoins scénaristiques (afin qu'elle serve de monture volante pour Virgile et Dante) ou pour lui donner un aspect plus sinistre. Toujours est-il que ce modèle semble avoir inspiré les rôlistes au point d'en devenir la version contemporaine. Mais, faisons de suite un saut dans le passé, afin de voir d'où provient cette charmante créature...

La Manticore originelle :

"La Manticore possède un visage d'homme couleur de sang, dotée d'une mâchoire à triple rangée de dents, tranchantes comme des rasoirs allant d'une oreille à l'autre, des yeux jaunes, un corps de lion au pelage brun rougeâtre ou encore noir rougeâtre et une queue de scorpion dont le dard mesure une bonne cinquantaine de centimètres".

Manticore
Représentation fidèle de la Manticore d'origine à quelques détails près, mais qui illustre bien la réputation de cruauté sans limites de la bête.

Pline l'ancien nous en fait ici une version tout aussi charmante :

"Il y a parmi les Ethiopiens un animal appelé manticorus ; il a trois rangées de dents qui s'enchevêtrent comme celles d'un peigne, visage et oreilles d'homme, yeux bleus, corps cramoisi de lion et queue qui finit en aiguillon, comme celles de scorpions. Il court avec une grande rapidité et il est très amateur de chair humaine ; sa voix ressemble aux sons mêlés de la flûte et de la trompette."
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle.

Manticore
Version pour le moins perturbante de la Manticore...

La Manticore court donc si vite qu'aucun animal ne peut la rattraper (sans oublier son cri qui aura sûrement le don de faire rire ses proies, du moins avant qu'elles ne finissent en hachis). Autre détail "amusant", la Manticore a une prédilection pour la chair humaine. lorsqu'une Manticore s'attaque à une proie, elle la dévore entièrement et n'en laisse rien (chair, os, cheveux,...Tout y passe). D'ailleurs, lorsqu'un homme disparait et que l'on ne retrouve pas son corps, on dit qu'il a été mangé par une Manticore.

La Manticore serait apparue au Vème siècle avant J.C., c'est d'ailleurs plus ou moins la période où l'on peut trouver la première description à son sujet faite par Ctésias (médecin grec au service du roi de la Perse : Artaxerxès II). Le domaine de cette créature s'étendait jadis dans des régions semi-désertiques de Perse et de Mésopotamie jusqu'en Grèce et aux chaînes de l'Atlas en Afrique du Nord. Aux dires des explorateurs membres de la société de cryptozoologie de Londres, les dernières Manticores encore vivantes se trouvent dans les montagnes inaccessibles situées au centre de l'Iran.

Manticore
Représentation étrange et fidèle à la fois de notre félin vorace.

On peut également voir (ou admirer au choix), exposé dans la cathédrale de Hereford une représentation de la Manticore dans le Mappa Mundi créé par Richard de Haldingham (et réalisée vers 1300).

La Manticore était une créature sinistre et vorace qui semblait avoir le don de terroriser la populace. Mais, au fil du temps, elle a pris son envol pour siéger fièrement dans la littérature, y laissant sa griffe pour des siècles et captivant toujours autant le lecteur avide de ses sinistres exploits.

Idraemir