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dimanche 17 février 2013

Iormungand, le serpent de Midgard

Plongé au coeur de la nuit, affrontant une tempête mémorable, vous êtes juché sur la proue d'un splendide langskip, (littéralement "bateau long", il s'agit d'un navire de guerre nordique effilé et doté de voiles), tournant le dos à vos compagnons d'infortune qui rament avec l'énergie du désespoir afin de lutter contre la tempête qui fait rage, vous offrez votre visage à la pluie cinglante et au vent mordant, comme un défi silencieux adressé aux éléments qui se déchaînent tout autour de l'embarcation qui semble bien frêle dans cette immensité chaotique.

Chaque vague soulève l'esquif taillé pour la vitesse, déversant des paquets d'eau de mer sur le pont, chaque coup de tonnerre résonne dans votre coeur, éclairant fugitivement les visages de vos compagnons, ces derniers laissant entrevoir une palette variée d'émotions : la concentration, la résignation, la terreur,... Certains invoquent à voix haute les dieux Thor, Aegir ou Njödr afin qu'ils épargnent leurs vies et les bribes de paroles qui parviennent à vos oreilles vous arrachent un maigre sourire...

Sourire qui se change bien vite en rictus lorsque vos yeux se posent sur la chose qui émerge des flots. Vous vous demandez d'abord si vous n'êtes pas en train de perdre la raison (vous l'espérez en fait) mais le cri alarmé d'un des marins de votre esquif confirme que vous n'êtes pas victime d'une hallucination.

Là ! Droit devant votre navire, émerge une titanesque forme sombre qui semble se prolonger à l'infini. La chose semble lentement s'extraire des flots telle une île noire d'ébène et vous sentez que vous et votre équipage n'allez pas tarder à rejoindre le banquet du père des dieux, victimes du plus grand fléau de Midgard...

Langskip

Ce petit essai personnel de littérature fantastique sera le prétexte rêvé pour introduire le dernier des 3 articles spéciaux. En effet, notre long (surtout pour moi vu les recherches intensives que j'ai dû mener...) voyage au pays des Dragons nordiques touche à sa fin. Pour terminer ce dernier en beauté, quoi de mieux que d'aborder le Dragon lié à mon élément de prédilection, à savoir : l'eau.

Comme vous l'avez tous deviné (je suppose), le dernier Dragon n'est rien d'autre que Iormungand le serpent de Midgard (Midgardsormr en vieil islandais). Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est Iormungand, je vais vous donner une petite définition tirée du "Dictionnaire infernal" histoire d'éclairer votre lanterne.

"Jormungandur : Serpent monstrueux de l'enfer scandinave, né du diable et de la géante Angerbode."
- Dictionnaire infernal.

Tout d'abord, ne prenez pas cette définition au pied de la lettre... Même si Collin de Plancy (l'auteur du livre) a fait un travail admirable pour ce qui est de la démonologie (qui n'est pas le domaine où je m'y sens le plus à l'aise, pour des raisons que j'évoque souvent dans les articles qui traitent d'Elémentaires), son travail sur les autres types de créatures mythiques m'impressionne beaucoup moins (trop teinté de valeurs chrétiennes qui n'ont rien à faire dans l'histoire, n'en déplaise aux croyants convaincus).

En décortiquant ses dires, je puis déjà vous annoncer que :

- Non, Iormungand ne réside pas en enfer (je suppose qu'il voulait parler du Niflheim, mais il ne s'y trouve pas non-plus).

- Non, il n'est pas le fils du diable ou d'un quelconque Démon. Son paternel Loki n'est ni bon ni mauvais de base (enfin ça dépend des jours et surtout des versions). Autant il a joué des tours pendables au dieux autant il a réussi à les sortir de situations délicates (voilà un parfait exemple qui montre que tenter d'analyser un mythe en le comparant aux valeurs et dogmes actuels ne sert à rien sinon générer une caricature grossière dudit dogme).

- Et non il ne s'appelle pas Jurmungandur, tout comme sa mère ne porte pas le nom d'Angerbode. Aucune version qu'elle soit germanique, nordique ou autre ne semble leur prêter de tels noms (on dira que je chipote pour un rien, mais dans un mythe, le moindre détail a son importance vu qu'une infinitésimale modification peut changer l'intégralité de la trame de l'histoire).

Mais, si ces informations sont erronées, qui est Iormungand ?

Iormungand
Le serpent de Midgard dans toute sa splendeur (illustration de Caroline Lahaise).

Et bien, c'est ce que je vais tenter de vous faire découvrir par le biais de plusieurs mythes nordiques (je me ferai une joie de les analyser ensuite), sans oublier quelques éléments divers et variés qui seront là pour comparer, souligner ou infirmer certains passages des différentes versions qui vont défiler sous vos yeux. Mon outil de travail principal sera bien entendu l'Edda de Snorri (depuis le temps est-il encore nécessaire de présenter de quoi il s'agit ?), mais également de quelques fragments de la Völuspá ("prophétie de la voyante" dans notre bon français. La Völuspá est un poème rédigé en vieux norrois. Probablement écrit vers le Xème ou XIème siècle, ce célèbre poème a été partiellement présenté dans l'Edda, bien que de manière altérée et incomplète. En substance, la Völuspá raconte par le biais d'une prophétesse qui s'adresse au dieu Odin, une série de visions, qui montrent le destin des hommes et des dieux depuis la création du monde jusqu'au Ragnarök).

Bon maintenant que le décor est planté, faisons fi des explications superflues et plongeons dans l'histoire qui va se dévoiler petit à petit sous vos yeux...

La naissance du Titan des océans :

Parmi les Ases, réside celui que certains appellent "calomniateur des tromperies" et "honte de tous les dieux et de tous les hommes" - il porte le nom de Loki (probablement lié au terme "logi" qui signifie feu) ou Lopt (peut-être lié au terme "loptr" ou vent dans la langue de Molière) et c'est le fils du Géant Farbauti (tiré du vieil islandais, son nom signifie : "celui qui frappe dangereusement"). Sa mère est appelée Laufey (feuillage) ou Nal, ses frères sont Byleist et Helblindi (le premier terme est impossible à traduire mais le second signifierait : "l'aveugle de Hel").

Iormungand, Fenrir, Hel et Loki
Loki et sa "monstrueuse" progéniture : Fenrir, Iormungand et Hel.

Loki est beau et splendide d'apparence, mauvais de caractère, très changeant dans son comportement (un peu comme le feu en somme). Plus que les autres êtres, il possédait cette sagesse qui est appelée rouerie, ainsi que les ruses permettant d'accomplir toutes choses. Il mettait constamment les dieux dans les plus grandes difficultés, mais il les tirait souvent d'affaire à l'aide de subterfuges. Sa femme s'appelle Sigyn, et leur fils est Nari ou Narfi.

Loki avait encore d'autres enfants. Aux Iotunheimar (le Monde des Géants), il y avait une Géante du nom d'Angrboda (celle qui annonce le malheur) et avec qui Loki conçut trois enfants. Le premier était le loup Fenrir (j'aurai probablement un jour le temps de vous en dire plus), le second Iormungand - c'est à dire le serpent de Midgard - et le troisième Hel. Mais, quand les dieux apprirent que ces trois enfants étaient élevés aux Iotunheimar, et lorsqu'ils découvrirent par l'examen des prophéties qu'ils connaîtraient une grande infortune de leur fait, tous estimèrent qu'il ne fallait s'attendre qu'à du mal de la part de ces enfants, d'abord en raison de leur ascendance maternelle (une Géante, race honnie des dieux), et, plus encore, en raison de leur ascendance paternelle (la confiance règne).

Iormungand

Alors Alfadr (ce nom signifie : père universel ou très grand père, je suppose qu'il est lié à Odin le père des dieux) demanda aux dieux d'aller se saisir de ces enfants et de les lui amener. Lorsqu'ils furent mis en sa présence, il jeta le serpent dans la profonde mer, il entoure à présent toutes les terres et se mord la queue. Puis il précipita Hel dans Niflheim et lui donna pouvoir sur les Neuf Mondes afin qu'elle répartît toutes les demeures entre ceux qui lui seraient envoyés (en bref, elle assignera une "résidence" aux trépassés qui rejoindront son royaume glacé) - ce sont les hommes qui meurent de maladie et ceux qui meurent de vieillesse.

Après lecture de ce court extrait, nous pouvons déjà en savoir plus sur Iormungand. Le serpent de Midgard n'est rien d'autre que l'un des 3 rejetons maudits de Loki, dieu du feu et de la malice. Si l'on oublie sa taille gigantesque, Iormungand est bien plus qu'un ophidien (serpent) géant. Ses caractéristiques font de lui un membre exclusif de la prestigieuse famille des Dragons serpentiformes (pas de pattes, un corps serpentiforme et une affinité avec l'élément de l'eau). Par-contre, Iormungand (qui porte également le doux nom de : Jormungandr en vieil islandais) n'est pas à comparer aux Serpents de mer (je ne parle pas des espèces courantes comme le tricot rayé ou serpent olive, mais bien du genre mythique) "classiques", vu que l'origine de ce dernier comme ses caractéristiques diffèrent trop (je me pencherai donc sur ledit sujet une prochaine fois probablement).

Les voyages de Thor :

Le récit qui va suivre va nous donner un nouvel élément crucial (afin d'en savoir plus sur notre Dragon serpent) qui jouera dans la suite des évènements. En effet, ce mythe rempli de symboliques, nous montrera l'origine de la rivalité (haine) entre Iormungand, le serpent de Midgard et Thor, le dieu du tonnerre. Mais, au lieu de vous en dévoiler trop, plongeons-nous plutôt dans la lecture de ce récit et laissons-nous porter par notre imagination au fur et à mesure que vont se déployer phrases et mots...

Thor
Le dieu du tonnerre dans toute sa splendeur (illustration de François Chollet).

Le dieu Thor eut un jour l'envie de voir du pays. Il quitta Asgard sur son char tiré par des boucs et emmena avec lui Loki. Le soir après une longue route, ils arrivèrent chez un paysan et reçurent là un gîte pour la nuit. Au cours de la soirée, Thor prit ses boucs et les abattit tous les deux. Après cela, ils furent écorchés et mis dans le chaudron. Quand ils furent bouillis, Thor s'attabla pour souper, de même que son compagnon. Le dieu du tonnerre invita alors le paysan, sa femme et leurs enfants à manger avec lui. Le fils du paysan s'appelait Thialfi et la fille Roskva (Thialfi signifie : "celui qui encercle" et Roskva "vaillant"). Thor plaça les peaux des boucs de l'autre côté du foyer, en direction de la porte, et dit au paysan et à ses gens de jeter les os sur ces peaux. Thialfi, le fils du paysan, tenait à la main l'os de la cuisse d'un des boucs : il le fendit avec son couteau, puis le brisa pour atteindre la moelle.

Thor passa la nuit là. De grand matin, avant le jour, il se leva et s'habilla ; il prit le marteau Miollnir (arme légendaire du dieu du courage, ce dernier avait la capacité de revenir dans les mains de son porteur chaque fois qu'il était lancé), le brandit et bénit les peaux des boucs. Alors les boucs se levèrent, mais l'un des deux boitait d'une patte arrière. Thor s'en aperçut et déclara que le paysan ou l'un des membres de sa maisonnée avait dû agir sans discernement avec les os du bouc, car il voyait bien que l'os d'une cuisse avait été brisé. Point n'est besoin de conter longuement, car chacun peut l'imaginer, qu'elle fut la peur du paysan quand il vit Thor froncer les sourcils : si peu qu'il vît encore de ses yeux, il pensa tomber à terre sous l'effet de ce seul regard. Thor raidit les mains sur le manche de son marteau si fort que ses articulations blanchirent. Le paysan et tous les membres de la maisonnée firent alors ce à quoi il fallait s'attendre : ils poussèrent des cris véhéments, demandèrent grâce et offrirent en compensation ce qu'ils possédaient. Quand Thor vit leur frayeur, la colère le quitta, il s'apaisa et prit leurs enfants Thialfi et Roskva en manière de conciliation (lorsque vous abîmez le véhicule d'un autre conducteur, gagner ses enfants en guise de dédommagement me semble peu avantageux) : ils devinrent tous les deux les serviteurs liges de Thor et l'accompagnent partout depuis lors.

Iormungand
Si l'on excepte le navire qui n'est pas trop d'époque (un trois-mats ça reste anachronique), l'illustration reste magnifique.

Le pays des Géants :

Thor laissa là ses boucs et commença son expédition au Iotunheimar, en direction de l'est. Il effectua tout le trajet jusqu'à l'océan et gagna alors le large afin de traverser cette vaste mer. Quand il atteignit la terre, il monta sur le rivage accompagné de Loki, de Thialfi et de Roskva. Après avoir parcouru une petite distance, ils tombèrent sur une vaste forêt à travers laquelle ils marchèrent pendant toute la journée jusqu'à la tombée de la nuit. Thialfi était le plus rapide des hommes à la course, et c'était lui qui portait le havresac de Thor, mais il contenait peu de provisions (le sac pas le dieu du tonnerre).

Quand il fit sombre, ils se mirent en quête d'un gîte pour la nuit et tombèrent sur une très grande maison ; à l'une de ses extrémités se trouvait une porte, qui était aussi large que la maison elle-même. D'un commun accord, ils décidèrent de se reposer dans cette étrange demeure. Mais, au milieu de la nuit, il y eut un grand tremblement de terre, le sol sous eux se mit à faire des secousses et la maison vacilla. Alors Thor se leva et appela ses compagnons ; ils avancèrent à tâtons, trouvèrent une annexe sur la droite, au centre de la maison, et y entrèrent. Thor prit position dans l'ouverture de la porte, les autres restant en retrait et ayant grand-peur. Mais Thor tenait le manche de son marteau et avait la ferme intention de défendre chèrement sa vie. Toute la nuit durant ils entendirent de grands sifflements et grondements, sans pour autant parvenir à découvrir l'origine de cet épouvantable vacarme.

Sea Monster
Représentation possible de notre charmant Dragon lacustre.

Au point du jour, Thor sortit et vit un homme qui était étendu là, tout près de lui, dans la forêt, et qui n'était pas petit (et c'est loin de le dire). Il dormait et ronflait fortement. Alors Thor crut comprendre de qu'elle sorte de bruits il avait été question pendant la nuit. Il se ceignit de sa ceinture de force, et sa "force d'Ase" s'accrut (Megingjord augmente la puissance de Thor afin de l'aider à manier son titanesque marteau). Mais, à ce moment-là l'homme se réveilla, se leva promptement, et l'on dit que, pour une fois, Thor fut saisi de stupeur et hésita à le frapper avec son marteau et qu'il lui demanda son nom. L'homme déclara s'appeler Skrymir (Skrýmir provient probablement du verbe suédois "skrymna", qui désigne le fait de "prendre une très grande place", de "paraître très grand", ou qui peut tout simplement signifier "vantard").

"- Quant à moi, dit-il, je n'ai pas besoin de te demander ton nom, car je vois bien que tu es Thor. Mais, est-ce toi qui as déplacé mon gant ?"

Sur ces entrefaites, Skrymir étendit le bras et ramassa son gant. Thor comprit alors que c'était cela qu'il avait utilisé comme maison pendant la nuit, et que l'annexe n'était autre que le pouce du gant.

Skrymir demanda à Thor s'il voulait de la compagnie pour la route, et Thor accepta. Skrymir prit alors son sac à provisions, le dénoua et fit ses préparatifs pour le déjeuner, Thor et ses compagnons en firent de même. Ensuite Skrymir empaqueta toutes les provisions dans un seul sac et le mit sur son dos. Il marcha en tête pendant toute la journée, en faisant d'assez grandes enjambées. Tard dans la soirée, il leur trouva un gîte pour la nuit sous un chêne. Skrymir déclara alors à Thor qu'il voulait s'étendre pour dormir.

"- Quant à vous, prenez le sac à provisions et préparez votre souper."

Puis Skrymir s'endormit et ronfla fortement. Thor prit le sac à provisions et voulut le dénouer. Mais, pour invraisemblable que cela puisse paraître, il ne parvint pas à défaire un seul noeud. Aucune des lanières de cuir sur lesquelles il s'acharnait ne semblait bouger d'un pouce. Quand il vit que ses efforts ne servaient à rien. Thor se mit en colère : il saisit des deux mains le marteau Miollnir, fit un pas en avant vers l'endroit où Skrymir était étendu et le frappa à la tête. Skrymir se réveilla et demanda si une feuille lui était tombée sur la tête, et également s'ils avaient fini de manger et s'ils étaient prêts à aller se coucher. Thor répondit qu'ils étaient sur le point de dormir. Ils allèrent alors se coucher sous un autre chêne (sans pour autant parvenir à trouver le sommeil).

Iormungand
Illustration de John Cherevka.

Au milieu de la nuit, Thor entendit que Skrymir ronflait et dormait si fermement que la forêt en retentissait. Alors Thor se leva, s'avança vers lui, brandit son marteau promptement et puissamment (il semble que la solution miracle de Thor soit d'aplatir le problème avec Miollnir), et le frappa en plein milieu sur le sommet de la tête. Il sentit que la table du marteau s'enfonçait profondément dans le crâne de sa victime. A ce moment-là, Skrymir se réveilla et déclara :

"- Que se passe-t-il ? Un gland m'est-il tombé sur la tête ? Mais qu'es-tu en train de faire, Thor ?"

Thor recula en toute hâte (un peu comme un enfant qui a fait une bêtise et vient de se faire prendre sur le fait) et répondit qu'il venait de se réveiller, mais qu'il était alors minuit et que c'était encore l'heure de dormir. il considéra alors que s'il trouvait l'occasion d'assener pour la troisième fois un coup à Skrymir, il ferait en sorte que ce dernier ne se réveille plus jamais... Thor passa donc le reste de la nuit à guetter le moment opportun pour porter un nouveau coup au pauvre Géant.

Iormungand
Version très vermiforme de notre écailleux aquatique.

Un peu avant l'aube, il entendit que Skrymir devait s'être rendormi. Alors il se leva, courut vers lui, brandit le marteau de toutes ses forces et lui assena un coup sur la tempe qui lui faisait face : le marteau s'y enfonça jusqu'au manche. Skrymir se réveilla, s'assit et se passa la main sur la tempe en déclarant :

"- Des oiseaux seraient-ils perchés dans l'arbre au-dessus de moi ? En me réveillant, je me suis demandé si quelques brindilles ne m'étaient pas tombées sur la tête. mais es-tu réveillé Thor ? Il doit être l'heure de se lever et de s'habiller. A présent il ne vous reste plus grande route à faire pour atteindre le fort qui est appelé Utgard (Utgardr : "domaine extérieur" : "domaine situé de l'autre côté de la mer qui entoure le monde habité par les hommes et les dieux"). Je vous ai entendu chuchoter entre vous que je n'étais pas de petite taille, mais, si vous pénétrez dans Utgard, vous y verrez des hommes plus grands que moi. Je vais donc vous donner un bon conseil : ne vous comportez pas de façon arrogante, car les hommes d'Utgarda-Loki (littéralement Loki d'Utgardr) ne supporteront pas volontiers des propos présomptueux de la part de petiots comme vous ! Sinon, retournez d'où vous venez ! Et j'estime au demeurant que ce serait ce que vous auriez de mieux à faire. Mais, si vous voulez poursuivre votre expédition, prenez en direction de l'est. Quant à moi, mon chemin me mène à présent vers le nord, en direction des montagnes que vous pouvez voir là-bas."

Skrymir prit alors le sac à provisions, le jeta sur son dos et les quitta en prenant à travers la forêt. Et l'on ne rapporte pas que les Ases lui aient déclaré qu'ils souhaitaient le revoir.

Iormungand

Les épreuves d'Utgard :

Thor et ses compagnons poursuivirent leur chemin et marchèrent jusqu'à la mi-journée. Ils virent alors un fort qui s'élevait sur une plaine, et il leur fallut renverser la nuque en arrière pour en apercevoir le sommet. Ils allèrent jusqu'au fort : devant la porte se trouvait une grille, qui était fermée. Thor s'avança vers elle, mais il ne parvint pas à l'ouvrir. Déployant alors de grands efforts pour pénétrer dans le fort, ils se glissèrent entre les barreaux de la grille. Une fois entrés de la sorte, ils virent une grande halle vers laquelle ils se dirigèrent. Le battant de la porte était ouvert, ils pénétrèrent à l'intérieur et, là ils virent de nombreux hommes, qui étaient assis sur deux bancs et qui, pour la plupart, étaient extrêmement grands (des Géants quoi). Sur ces entrefaites, ils se présentèrent devant le roi Utgarda-Loki, et le saluèrent. Celui-ci prit tout son temps avant de poser les yeux sur eux ; il eut alors un sourire sarcastique qui découvrit ses dents, et il déclara :

"- Les nouvelles véridiques mettent beaucoup de temps à parcourir de longues distances ! Car se peut-il vraiment que, comme je le crois, ce garçonnet soit Thor ? Sans doutes es-tu donc plus puissant que tu ne me parais l'être. Mais, dans quelles disciplines êtes-vous versés toi et tes compagnons ? Nul ne peut en effet être admis parmi-nous s'il ne possède quelque talent ou quelque capacité à un degré plus éminent que les autres hommes."

Alors celui qui se tenait le plus en retrait et qui n'était autre que Loki déclara :

"- Je possède un talent dont je suis tout disposé à faire montre et qui est le suivant : il ne se trouve personne ici qui soit capable de manger aussi vite que moi."

Utgarda-Loki répondit :

"- Il s'agira là d'un véritable talent si tu réalises cette performance. Nous allons donc en faire l'expérience à présent."

Il appela un homme qui était assis sur l'un des bancs au fond de la halle et qui portait le nom de Logi, et il lui demanda de s'avancer dans l'allée centrale et de se mesurer à Loki. Puis on apporta une auge que l'on remplit de viande. Loki s'assit à un bout et Logi à l'autre. Chacun d'entre-eux mangea alors aussi rapidement que possible, et ils se rencontrèrent au milieu de l'auge : Loki avait mangé toute la viande qui se trouvait sur les os, tandis que Logi, lui, avait mangé non seulement toute la viande, mais aussi les os, de même que l'auge. Il apparut donc à tout un chacun que Loki avait perdu la partie.

Iormungand
Illustration de Miguel Regodón Harkness.

Utgarda-Loki demanda alors quel jeu connaissait le jeune homme qui se trouvait là. Thialfi répondit qu'il se mesurerait volontiers à la course avec tout homme qu'Utgarda-Loki désignerait. Ce dernier déclara qu'il s'agissait là d'une discipline remarquable et qu'il avait de bonnes raisons de croire que Thialfi possédait une grande aptitude à la course, puisqu'il voulait pratiquer cette discipline. Il ajouta qu'on allait toutefois en faire rapidement l'expérience. Sur ces entrefaites, Utgarda-Loki se leva et sortit : il y avait là un terrain plat qui se prêtait bien à la course. Il appela un garçonnet nommé Hugi et lui demanda d'affronter Thialfi à la course. Ils prirent le départ pour la première longueur, mais Hugi arriva au bout de la piste avec une telle avance qu'ayant fait demi-tour, il vint à la rencontre de Thialfi.

Utgarda-Loki déclara alors :

"- Tu dois faire plus d'efforts Thialfi, si tu veux gagner ! Mais je dois reconnaître qu'il ne s'est jamais présenté ici d'hommes qui m'aient paru être plus rapides que toi à la course."

Ils prirent alors le départ pour une deuxième longueur, mais quand Hugi fut arrivé au bout de la piste et qu'il eut fait demi-tour, une longue portée de flèche le séparait de Thialfi.

Utgarda-Loki déclara alors :

"- Il me semble que Thialfi cours fort bien, mais je ne crois pas qu'il puisse gagner à présent. Faisons-en cependant l'expérience sur une troisième longueur."

Ils prirent donc le départ une nouvelle fois, mais quand Hugi arriva au bout de la piste et fit demi-tour, Thialfi n'était pas encore parvenu à mi-parcours. Tous déclarèrent alors que l'épreuve avait été concluante.

Iormungand
Variante du serpent de Midgard, illustrée par John Cherevka (à nouveau).

Sur ces entrefaites, Utgarda-Loki demanda à Thor quel était le talent dont il voulait faire la démonstration devant eux, tant étaient grandioses les récits dans lesquels on célébrait ses exploits. Thor répondit que ce qui avait sa préférence était de se livrer à un concours de boisson avec l'un de ses hommes. Ayant déclaré que cela pouvait aisément se faire, Utgarda-Loki rentra dans la halle, appela son échanson et lui demanda d'apporter la corne à boire que les hommes de sa garde étaient habitués à vider en manière de punition (cette corne était désignée en vieux norrois par le,mot composé "vitis-horn", signifiant littéralement : "corne de punition" - de là, la locution verbale : "drekka viti" qui voulait dire : "vider une corne en manière de punition", reflète l'existence d'une coutume certainement très ancienne. Cette dernière d'ailleurs a survécu longtemps en Islande et elle est encore mentionnée au XVIIIème siècle au sujet des banquets nuptiaux). Ensuite l'échanson s'avança avec la corne et la tendit à Thor. Alors Utgarda-Loki déclara :

"- Quand un homme vide cette corne d'un seul trait, on estime que c'est un excellent buveur. Certains la vident en deux traits, mais nul n'est si piètre buveur qu'il ne la vide en trois traits."

Thor regarda la corne et il ne lui sembla pas qu'elle fut grande, encore qu'elle fut passablement longue. Comme il avait grand-soif, il se mit à boire, avala d'immenses gorgées et estima qu'il ne lui serait pas nécessaire d'engager sa tête plus avant dans la corne. Mais lorsqu'il fut à bout de souffle et qu'il dut relever la tête, il regarda ce qu'il avait bu et il lui apparut que, si le niveau dans la corne avait baissé, ce n'était que dans une très faible mesure.

Utgarda-Loki dit alors :

"- Voilà qui est bien bu, mais pas vraiment trop ! Si l'on m'avait dit qu'Asa-Thor ne serait pas capable de boire plus que cela, je ne l'aurais pas cru. Mais je sais que ton intention est de vider cette corne lors du second trait."

Thor ne répondit pas. Il porta la corne à sa bouche, bien décidé à boire plus qu'auparavant. Il but de toutes ses forces aussi longtemps qu'il parvint à garder son souffle, mais il vit à nouveau que la corne n'était pas aussi inclinée qu'il l'eût souhaité. Quand il retira la corne de sa bouche et regarda à l'intérieur, il lui apparut que le niveau avait moins baissé que la première fois : il y avait à présent juste assez d'espace entre le bord et la boisson pour que la corne pût être transportée sans en renverser le contenu.

Utgarda-Loki dit alors :

"- Qu'y a t-il, Thor ? Te réserverais-tu plus qu'il ne convient pour un autre trait ? Si tu dois vider la corne lors du troisième trait, tu as prévu, me semble t-il, que ce sera le plus grand de tous. Mais tu ne pourras pas être tenu ici pour quelqu'un d'aussi important que les Ases le disent, si tu ne montres pas plus fort dans d'autres épreuves que tu ne me parais l'être dans celle-ci."

Alors Thor se mit en colère, porta la corne à sa bouche et but avec toute l'impétuosité dont il était capable. Mais, quand il regarda à l'intérieur de la corne, il vit qu'à présent ce n'était au mieux qu'une faible différence de niveau qui avait été obtenue. Il rendit alors la corne et ne voulut plus boire.

Iormungand
Illustration de Anya Chendak.

Utgarda-Loki déclara alors :

"- Maintenant, il est manifeste que ta force n'est pas aussi grande que nous le pensions. Mais veux-tu t'essayer à d'autres épreuves ? On voit bien à présent que tu ne tires aucun avantage de celle-ci."

Thor répondit :

"- Je vais certes me livrer à d'autres épreuves, mais cela ne m'eût paru étrange, quand j'étais chez moi en compagnie des Ases, d'entendre qualifier des petits de semblables traits. Qu'elle épreuve me proposez-vous donc maintenant ?

Utgarda-Loki déclara alors :

"- Les jeunes garçons se livrent ici à un jeu qui doit paraître insignifiant : ils soulèvent de terre mon chat. Je n'aurais pas osé t'en parler si je n'avais constaté auparavant que tu étais beaucoup moins puissant que je ne le croyais."

Sur ces entrefaites, un chat de couleur grise et de taille plutôt grande arriva vitement au milieu de la halle. Thor s'approcha, lui mit la main sous le ventre pour le soulever. Mais le chat courba le dos au fur et à mesure que Thor étendait le bras. Et, quand le dieu s'étira du plus haut qu'il pouvait, le chat ne souleva qu'une seule patte. Aussi Thor ne put-il remporter cette épreuve.

Thor
Thor en train de soulever le chat d'Utgarda-Loki.

Utgarda-Loki déclara alors :

"- Cette épreuve s'est déroulée comme je m'y attendais. Le chat est plutôt grand, tandis que Thor est petit et courtaud, comparé aux hommes de haute taille qui sont ici en notre compagnie."

Alors Thor déclara :

"- Puisque vous me qualifiez de si petit, que quelqu'un vienne donc lutter avec moi ! Me voilà en colère à présent !"

Utgarda-Loki regarda sur les bancs et déclara :

"- Je ne vois ici personne qui n'estimera que ce serait déchoir que lutter avec toi."

Il dit encore :

"-Mais, voyons ! Faites venir ici ma vieille nourrice, Elli et que Thor lutte avec elle, s'il le veut ! Elle a terrassé des hommes qui ne me paraissaient pas être moins robustes que Thor."

Sur ces entrefaites, une vieille femme pénétra dans la halle, et Utgarda-Loki lui dit d'affronter Thor à la lutte. Il est inutile de faire un long récit de ce combat : il se déroula de telle sorte que, plus les efforts déployés par Thor étaient violents, plus Elli se tenait fermement (sur ses jambes). Ensuite, la vieille plaça des clés, et Thor ne tarda pas à perdre pied ; et comme les assauts redoublaient de violence, cela ne prit pas longtemps avant qu'il ne tombât sur un genou. Alors Utgarda-Loki s'approcha, leur ordonna de cesser le combat et déclara qu'il n'était pas nécessaire que Thor conviât à la lutte d'autres personnes dans la halle. Comme, de plus, la nuit était alors toute proche, Utgarda-Loki indiqua à Thor et à ses compagnons un endroit où s'asseoir : ils passèrent là toute la nuit et furent traités avec libéralité.

Iormungand

Le lendemain matin, dès qu'il fit jour, Thor et ses compagnons se levèrent, s'habillèrent et s'apprêtèrent à partir. Sur ces entrefaites, Utgarda-Loki arriva et fit dresser une table à leur intention : ils furent traités avec largesse, tant au niveau de la nourriture que de la boisson. Quand ils se furent restaurés, ils se remirent en route. Les accompagnant, Utgarda-Loki sortit alors du fort avec eux. Au moment de prendre congé, il s'adressa à Thor et lui demanda ce qu'il pensait de son expédition, et s'il avait rencontré auparavant un homme plus puissant que lui. Thor répondit qu'il ne pouvait pas nier qu'il avait subi un grand déshonneur dans son commerce avec lui.

"- Et, de plus, je sais que vous allez me qualifier de minable, et cela me déplait."

Utgarda-Loki déclara alors :

"- Il me faut te dire la vérité maintenant que tu es sorti du fort : tant que je vivrai et que je serai en mesure de décider, tu n'y pénètreras plus jamais. Par ma foi, tu n'y serais jamais entré si j'avais su auparavant que tu possédais une si grande force et que tu nous mettrais ainsi à deux doigts du désastre. Mais je me livrai à ton encontre à des illusions visuelles, en sorte que ce fut moi qui vint au-devant de vous lorsque j'ai découvert ta présence, tout au début, dans la forêt. Puis, quand il te fallut dénouer le sac à provisions, tu ne pus trouver l'endroit où l'ouvrir, car je l'avais attaché avec des liens de fer ensorcelé (le sens n'est pas sûr, car Snorri emploie ici l'énigmatique substantif composé "grésjárn", littéralement : "fer travaillé" et l'emprunt probable au vieil irlandais "grés", "objet d'art", "travail artistique"). Ensuite tu m'assenas trois coups de marteau : le premier fut le moins fort, mais il fut cependant si violent qu'il eût suffit à me tuer s'il m'avait atteint. De fait, ces trois vallées de forme carrée, dont l'une est plus profonde que les autres, que tu as vues sur le haut-plateau de la montagne proche de ma halle, ce sont les traces de ton marteau. Je brandis cette montagne face à tes coups, mais cela tu ne le vis point. Il en alla de même lors des épreuves disputées avec les hommes de ma garde. Au cours de la première, Loki, qui avait grand-faim, mangea gloutonnement. Mais celui qui s'appelait Logi (personnification du feu, de la flamme) n'était autre que le feu sauvage, aussi ne mit-il pas plus de temps à consumer l'auge que la viande. Quand Thialfi affronta à la course celui qui s'appelait Hugi (personnification de l'esprit), ce dernier n'était autre que mon esprit, aussi ne fallait-il pas s'attendre que Thialfi rivalisât de rapidité avec lui. Et toi, quand tu bus à la corne, il te sembla que cela allait lentement, mais par ma foi, il s'opéra alors un prodige que je n'aurais pas cru possible : le bout de la corne se trouvait en effet loin de l'océan, ce que tu ne vis pas. Mais, quand sur le chemin du retour tu atteindras le rivage, tu pourras voir quelle baisse du niveau de la mer tu provoquas alors en buvant."

C'est cela qui porte à présent le nom d'estran (l'estran est plus ou moins une partie du littoral, située entre les limites extrêmes des plus hautes et des plus basses marées. C'était la minute culturelle).

Iormungand
Illustration d'Emile Denis.

Il poursuivit :

"- Le fait que tu soulevas le chat ne me sembla pas moins remarquable. Pour te dire la vérité, tous ceux qui virent que tu parvenais à soulever de terre l'une de ses pattes prirent peur, car ce chat n'était pas ce qu'il te paraissait être : c'était le serpent de Midgard (il a fallu le temps pour qu'il sorte de sa tanière n'est-ce pas ?), qui se trouve tout autour des terres et dont la taille est à peine assez grande pour que sa queue et sa tête puissent toucher la terre. Mais toi, tu le soulevas tant et tant que tu ne fus plus qu'à une courte distance du ciel. Ce fut également une grande merveille qui se produisit quand tu résistas si longtemps et tu ne tombas que sur un seul genou lors de ta lutte avec Elli (la "vieillesse"), car nul n'a jamais existé et nul n'existera jamais qui, pour autant qu'il atteigne un âge avancé, ne soit finalement terrassé par la vieillesse. A vrai dire, nous allons à présent nous séparer, et il vaut mieux pour les uns et pour les autres que vous ne reveniez plus me faire visite. Dans le cas contraire, je défendrai mon fort en recourant à des semblables artifices, ou à d'autres, en sorte que vous ne pourrez exercer le moindre pouvoir sur moi."

Quand Thor entendit ces propos, il saisit son marteau et le brandit bien haut, mais lorsqu'il s'apprêta à le lancer, il ne vit nulle part Utgarda-Loki. Il se retourna alors vers le fort avec l'intention de le détruire, mais il ne vit là qu'une belle et vaste plaine, et point de fort. Thor fit alors demi-tour et poursuivit son chemin jusqu'à ce qu'il fut revenu chez lui aux Thrudvangar. Mais ce qui est certain, c'est qu'il prit alors la décision de chercher à susciter une rencontre entre le serpent de Midgard et lui-même, et ce fut ce qui se produisit par la suite.

Si le récit semble mettre du temps à faire entrer en scène Iormungand, ce dernier nous livre tout de même une précieuse information : l'origine de la rivalité entre le serpent de Midgard et le dieu du tonnerre. En effet, ces deux protagonistes seront désormais liés l'un à l'autre pour le meilleur et pour le pire jusqu'à la tragique conclusion du Ragnarök que nous pourrons voir plus en détail plus tard.

Iormungand

Pêche en eaux troubles :

Le mythe suivant assez ancien et connu grâce à plusieurs poèmes scaldiques (la Húsdrápa et la Ragnarsdrápa notamment), par un poème eddique (la Hymiskvid) et par plusieurs scènes gravées sur des monuments de l'ère viking (principalement la pierre runique d'Altuna, dans la province d'Uppland en Suède, et la croix de Gosforth, dans la province du Cumberland en Grande-Bretagne) va mettre en scène la seconde rencontre de Thor avec son vieux camarade de jeux. Mais sans plus attendre à nouveau, entrons dans le récit...

Thor contre Iormungand
 Illustration de Yoshinori montrant la seconde rencontre entre Iormungand et Thor.

Thor était à peine rentré de sa dernière expédition, qu'il songeait déjà de nouveau à parcourir la lande (mais cette fois avec un but bien précis en tête). Il fit ses préparatifs de voyage, et cela si hâtivement qu'il partit sans char, sans boucs et sans compagnon de route. Ayant pris l'apparence d'un jeune garçon, il sortit de Midgard et arriva un soir, à la tombée du jour, chez un Géant qui s'appelait Hymir (parfois orthographié  Ymir dans certains manuscrits de l'Edda, ce nom est attesté sous la forme de Hymir dans la tradition norroise. Selon les hypothèses les plus vraisemblables, son nom qui est rattaché au crépuscule, signifierait : "celui qui assombrit"). Celui-ci lui offrit l'hospitalité, et Thor passa la nuit-là.

Au point du jour, Hymir se leva, s'habilla et fit ses préparatifs pour aller pêcher en mer. Mais Thor se leva d'un bond, se prépara rapidement et demanda à Hymir de l'emmener au large avec lui. Le Géant lui dit qu'il ne lui serait pas d'un grand secours, lui qui n'était qu'un petit garçon -"Et tu vas être transi de froid si je reste au large aussi longtemps et aussi loin que  j'ai accoutumé." Mais Thor lui répondit qu'il ne devait pas hésiter à aller au large pour la bonne raison que ce n'était pas certain qu'il serait le premier à demander à rentrer, et il se mit dans une telle colère contre le Géant qu'il fut sur le point de faire claquer sur lui son marteau. Mais il décida de s'en abstenir, car c'était en un autre endroit qu'il se proposait de mesurer ses forces. Il demanda alors à Hymir avec quoi ils amorceraient, et ce dernier lui dit de se procurer lui-même des appâts. Thor se dirigea vers l'endroit où il voyait un troupeau de boeufs appartenant à Hymir. Il prit le plus grand d'entre-eux, qui était appelé Himinhriot (probablement : "celui qui mugit dans le ciel"), lui arracha la tête et l'amena au rivage. Hymir venait de mettre à l'eau sa barque. Thor monta à bord s'assit sur le banc de nage situé au milieu de l'embarcation prit deux avirons et se mit à ramer. Hymir trouva que le bateau prenait de la vitesse sous l'effet de ses rames. Lui-même ramait à l'avant, et ils allaient bon train.

Iormungand
Représentation de Iormungand tentant d'attraper l'appât que Thor lui a préparé.

Bientôt, Hymir déclara qu'ils étaient arrivés sur les bancs de pêche où il avait accoutumé de s'arrêter et de prendre des poissons plats. Mais Thor déclara qu'il voulait aller beaucoup plus loin, et, à nouveau, ils firent force de rames. Bientôt, Hymir dit qu'ils étaient parvenus si loin au large qu'il était dangereux de pousser plus avant en raison du serpent de Midgard. Mais Thor déclara qu'il voulait ramer encore un moment. C'est ce qu'il fit, et la mine de Hymir se rembrunit.

Quand Thor eut rentré les avirons, il apprêta une ligne plutôt solide dont l'hameçon n'était ni moins solide ni moins robuste qu'elle. Il accrocha la tête de boeuf à l'hameçon, le jeta par-dessus bord, et l'hameçon toucha le fond. A vrai dire, ce qui se passa alors fut que Thor n'abusa pas moins le serpent de Midgard qu'il n'avait lui-même été tourné en ridicule par Utgarda-Loki quand il souleva le serpent d'une seule main.

Iormungand ouvrit grand la gueule sur la tête de boeuf, et l'hameçon se planta dans son palais. Quand il sentit cela, le serpent réagit en faisant des mouvements si véhéments que les deux poings de Thor heurtèrent le plat-bord. Alors Thor se mit en colère, s'arma de sa "force d'Ase" et s'arc-bouta si fermement des deux pieds que ceux-ci passèrent aussitôt à travers le bateau. S'arcboutant alors sur le fond de la mer, il tira le serpent jusqu'au plat-bord. Et l'on peut dire que nul ne sait ce qu'est un spectacle terrifiant qui n'a vu celui-ci : Thor foudroyait du regard le serpent, et, en retour, ce dernier le fixait de bas en haut en crachant du venin.

Thor pêchant Iormungand
Thor en train de ferrer Iormungand.

On rapporte ici que le Géant Hymir changea de couleur, blêmit et fut pris de frayeur quand il vit le serpent et se rendit compte que la mer entrait et sortait à flots dans la barque. Au moment même où Thor saisissait son marteau et le brandissait bien haut, le Géant s'empara à tâtons du couteau à appâts et trancha d'un coup la ligne de Thor sur le plat-bord. Le serpent plongea alors dans la mer, mais Thor lança sur lui son marteau. Certains disent qu'il lui arracha la tête au milieu des flots, mais je crois au contraire que la vérité oblige à dire que le serpent vit encore (je confirme l'information) et qu'il se trouve dans l'océan situé tout autour des terres. Quant à Hymir, Thor lui assena un coup de poing sur l'oreille, en sorte que l'infortuné Géant fut précipité par dessus-bord et que l'on put voir la plante de ses pieds. Puis Thor regagna à pied le rivage (un certain charpentier barbu de ma connaissance ne semble pas être le seul à pouvoir faire son footing matinal sur les flots).

Dans ce mythe, Thor semble rongé par l'humiliation qu'il a subi, au point de passer pour une brute prête à tous les sacrifices pour accomplir sa vengeance. On pourrait presque plaindre le pauvre Géant Hymir (qui n'est pas à comparer au Géant des origines Ymir, même si l'auteur Snorri semble l'avoir confondu dans son Edda), qui accueille à bras ouverts Thor, accepte de l'emmener à la pêche, lui cède la plus belle bête de son troupeau pour finalement se retrouver projeté six pieds sous mer (ben oui il n'y a pas beaucoup de terre en pleine mer). La taille du serpent de Midgard semble également fort variable suivant les récits où il est présenté et comme dans la plupart des mythes, les proportions et autres exactitudes du même tonneau ne semblent pas vraiment être les premières préoccupations des auteurs.

Thor pêchant Iormungand

Le crépuscule des dieux :

Certains s'en souviendront sans doute, mais j'ai déjà présenté il y a fort longtemps le Ragnarök sous une forme épurée (pour les néophytes mais également pour la simple raison que ma bibliothèque dans le domaine, était beaucoup moins fournie en informations sur le sujet à l'époque). Cette fois-ci, vous aurez sous les yeux la version de l'Edda légèrement mélangée avec celle de la Völuspá (n'oubliez pas que je tente de modifier le moins possible ce type de texte hormis pour rendre sa lecture plus abordable dans certains passages), nous montrant la dernière rencontre entre Thor et Iormungand ainsi que son dénouement...

La première chose qui annoncera le Ragnarök sera l'hiver appelé Fimbulvetr ("Grand Hiver") : la neige tombera alors en rafales des quatre points cardinaux et il y aura de grandes gelées et des vents acérés. Le soleil ne brillera pas. Trois hivers semblables se succèderont, et, entre eux, il n'y aura pas d'été. Mais, auparavant, surviendront trois autres hivers au cours desquels de grandes batailles se dérouleront à travers le monde entier - alors, poussés par la cupidité, les frères s'entre-tueront, et ni le meurtre ni l'inceste n'épargneront les pères et les fils. Voici ce qui est dit dans la Völuspá :

"Les frères s'affronteront
Et se mettront à mort.
Les cousins violeront
Les lois sacrées du sang.
L'horreur règnera parmi les hommes,
La débauche dominera.
Viendra l'époque des haches et l'époque des épées,
Brisés seront les boucliers.
Viendra l'époque des tempêtes et l'époque des loups
Avant que le monde ne s'effondre."

Il se produira alors des évènements qui seront considérés comme étant de la plus grande importance : un loup dévorera le soleil, et les hommes estimeront que cela est un terrible malheur. Un autre loup s'emparera de la lune (Skoll et Hâti), et il provoquera lui aussi un immense dommage. Les étoiles disparaîtront du ciel. Voici également ce qui surviendra : la terre entière se mettra à trembler, de même que les montagnes, à tel point que les arbres seront déracinés, que les montagnes s'écrouleront et que toutes les chaînes et les liens cèderont et se rompront.

Iormungand
Iormungand sortant des flots lors du Ragnarök.

Alors le loup Fenrir (retenu avec un lien magique tissé par les Nains) se libèrera. Alors l'océan déferlera sur les terres, parce que le serpent de Midgard, saisi par sa "fureur de Géant", gagnera le rivage. Il adviendra aussi que Naglfar (ou Naglfari, signifiant littéralement : "bateau construit avec des ongles". Il semble en effet, qu'il existe d'anciennes croyances liées au caractère maléfique des ongles des morts. Il faut cependant noter, que certains auteurs lui ont donné le nom de "bateau des cadavres", par erreur de traduction probablement...) se détachera, le bateau qui est appelé ainsi parce qu'il est fait des ongles des hommes morts - et c'est pour cela qu'il faut prendre garde à ne pas mourir avec des ongles qui n'auraient pas été coupés, car tout homme qui meurt ainsi accroît grandement le matériau nécessaire à la construction de Naglfar, bateau que les dieux et les hommes ne voudraient voir achevé que fort tard. Ce sera dans ce déferlement des flots que Naglfar prendra la mer, piloté par le Géant qui s'appelle Hrym (Hrymr : peut-être lié à l'adjectif "hrumr", "fragile", mais cela n'est guère convaincant). Le loup Fenrir marchera la gueule béante, la mâchoire inférieure rasant la terre et la mâchoire supérieure touchant le ciel, et il l'ouvrirait encore davantage s'il y avait de la place. Des flammes jailliront de ses yeux et de ses narines. Le serpent de Midgard soufflera tellement de venin qu'il en aspergera l'air tout entier ainsi que la mer. Il sera absolument effrayant et il s'avancera aux côtés du loup.

Dans ce tumulte, le ciel se déchirera et les fils de Muspell en surgiront, montés sur leurs chevaux. En tête viendra Surt, précédé et suivi par un feu dévorant, et l'excellente épée qu'il possède brillera plus intensément que le soleil. Mais, quand il chevaucheront sur Bifrost, ce pont se brisera, comme cela a été dit plus haut. Les fils de Muspell progresseront alors vers la plaine appelée Vigrid (Vigrdr en vieil islandais et pouvant se traduire par : "champ de bataille"). C'est là aussi que viendront le loup Fenrir et le serpent de Midgard. C'est là également qu'arrivera Loki ainsi que Hrym et, avec ce dernier, tous les Géants du givre, tandis que l'entier cortège de Hel (les morts du Niflheim) accompagnera Loki. Les fils de Muspell formeront à eux seuls un corps de bataille, extrêmement brillant, sur la plaine Vigrid, laquelle s'étend sur cent lieues dans toutes les directions.

Iormungand
Le serpent de Midgard déversant son poison sur le monde (par Wotansvogel).

Quand ces évènements surviendront, Heimdall se lèvera et soufflera fougueusement dans Giallarhorn : il réveillera tous les dieux et ils tiendront aussitôt conseil. Odin chevauchera alors jusqu'à la source de Mimir afin de demander conseil à Mimir pour lui-même et pour les siens. Le frêne Yggdrasil se mettra à trembler, et la peur s'emparera de toute créature, tant au ciel que sur la terre. Les Ases et tous les einherjar (les combattants sélectionnés pour entrer au Valhöll) revêtiront leurs armures et s'avanceront vers la plaine. En tête chevauchera Odin, portant heaume d'or et magnifique broigne, et tenant sa lance qui est appelée Gungnir. Il marchera droit sur le loup Fenrir. A ses côtés chevauchera Thor, mais il ne pourra lui venir en aide, parce qu'il aura fort à faire quand il se battra contre le serpent de Midgard. Freyr affrontera Surt, et ce sera là une terrible rencontre jusqu'au moment où Freyr tombera. La cause de sa mort sera qu'il lui manquera l'excellente épée qu'il donna à Skirnir. Alors se libérera également le chien Garm (le chien de Hel) qui est attaché devant la caverne de Gnipahellir ("caverne encastrée dans une falaise abrupte") ; c'est le plus terrible monstre qui soit. Il affrontera Tyr, et ils se donneront la mort l'un à l'autre. Thor tuera le serpent de Midgard et fera encore neuf pas avant de tomber mort à terre, en raison du venin que le serpent crachera sur lui. Le loup (Fenrir) engloutira Odin, et telle sera sa mort. Mais aussitôt, Vidar s'avancera et posera le pied sur la mâchoire inférieure du loup. A ce pied, il porte la chaussure dont la matière a été assemblée de toute éternité : ce sont les morceaux de cuir que les hommes rognent à la pointe et au talon de leurs chaussures, et c'est la raison pour laquelle tout homme qui veut venir en aide aux Ases doit jeter ces rognures. D'une main il saisira la mâchoire supérieure du loup et lui déchirera la gueule : telle sera la mort du loup. Loki livrera bataille à Heimdall, et ils se donneront la mort l'un à l'autre. Ensuite Surt lancera des flammes sur la terre et incendiera le monde entier. Voici ce qui est dit dans la Völuspá :

Thor contre Iormungand
Illustration de Maximilian Jasionowski.
"Heimdall souffle haut
Dans le cor élevé.
Odin va consulter
La tête de Mimir.
Le frêne Yggdrasil
Frémit de toute sa hauteur.
Il gémit le vieil arbre.
Le géant s'est libéré.

Qu'en est-il des Ases ?
Qu'en est-il des Elfes ?
Tout le monde des géants gronde,
Les Ases tiennent conseil.
Les nains gémissent
Devant les portes de pierre,
Eux, les familiers des falaises.
En savez-vous d'avantage, vraiment ?

De l'est arrive Hrym
Brandissant le bouclier,
Le monstre immense (Jormungandr) se met
Dans une fureur de géant ;
Le serpent fouette les flots,
L'aigle va glatir,
Nidfol déchirera les cadavres,
Naglfar se détache.

De l'est vogue le bateau,
Sur la mer vont venir
Les hommes de Muspell,
Et Loki le gouverne.
Surgira l'engeance
Des géants avec le loup.
Le frère de Byleist
Avec eux fera route.

- Pour précision, Býleistr est le frère de Loki.

Thor contre Iormungand

Du sud s'avancera Surt,
Le feu flambant à la main.
De l'épée jaillit
Le soleil des dieux des occis.
Les falaises s'effondrent,
Les femmes-trolls trébuchent.
Sur le sentier de Hel s'avancent les guerriers
Tandis que le ciel se déchire.

Alors vient à Hlin
Une seconde douleur
Quand Odin se met
En marche contre le loup.
Mais le meurtrier de Beli,
L'étincelant, va combattre Surt.
Alors va périr
Le plaisir de Frigg.

- Hlin est un des autres noms de la déesse Frigg, sa première douleur a été la perte de Baldr et la seconde sera la perte de son époux (le plaisir de Frigg désigne d'ailleurs encore une fois le dieu Odin). Le meurtrier de Beli fait par-contre référence au dieu Freyr.

Arrive le fils d'Odin
Pour combattre le loup,
Vidar se met en route
Contre la bête féroce.
De la main, il enfonce
L'épée dans le coeur
Du fils de Hvedrung.
Alors est vengé le père.

- Hvedrungr semble être l'un des noms de Loki et ce vers semble désigner Fenrir.

Arrive le célèbre
Fils de Hlodyn,
Voué à la mort
Par l'infâme serpent.
Tous les hommes délaisseront
Leur demeure terrestre
Quand avec fureur frappera
Le défenseur de Midgard.

- Hlódyn  est probablement l'un des noms de Jord, la mère de Thor. Les deux vers parlant du fait que "Tous les hommes délaisseront leur demeure terrestre", signifie tout simplement que toute l'humanité périra après le combat qui mettra aux prises le dieu Thor, qualifié ici de : "défenseur de Midgardr", et le serpent "monstrueux" (on pourra dire qu'ils ne font pas dans la dentelle).

Le soleil s'obscurcira,
La terre sombrera dans la mer,
Les étoiles resplendissantes
Disparaîtront du ciel.
La fumée tourbillonnera,
Le feu rugira,
Les hautes flammes
Danseront jusqu'au ciel."

Thor contre Iormungand
Thor et le serpent de Midgard dans un dernier combat.

Voilà que Thor et Iormungand se sont affrontés pour la troisième et dernière fois, un combat qui n'aura pas fait de vainqueur et qui laissera derrière lui une humanité brisée voire détruite... Au sujet de nos deux compères, je ne puis vous donner que quelques vers tirés de la Völuspá, qui relate leur combat sous un angle légèrement différent :

"Alors arrive le glorieux
Fils de Hlódyn,
Le fils d'Ódinn s'en va
Tuer le serpent,
Occit en courroux
La sentinelle de Midgardr ;
Tous les hommes vont
Déserter leur demeure ;
Le fils de Fjörgyn,
Epuisé, recule
De neuf pas devant la vipère
Sans craindre la honte."
- La Völuspá.

Mais derrière cette longue suite de combats dualistes qui se soldent par la disparition des deux camps, demeure un mince rayon d'espoir. En effet, contrairement à ce que beaucoup peuvent croire, le Ragnarök n'est pas la fin de toute chose, loin de là. Il serait plus l'incarnation de la fin d'une ère qui laissera sa place à une autre, et, c'est ce que nous allons voir de suite...

Thor contre Iormungand
Le combat des titans, illustré avec talent par Robert Chew.

Le renouveau du monde :

La terre surgira de la mer, et elle sera verte et belle. Les champs donneront des fruits sans avoir été semés. Vidar (fils d'Odin qui a causé la perte du loup Fenrir) et Vali (autre fils d'Odin qui vengera Baldr) survivront, car ni la mer ni le feu de Surt ne leur auront fait de mal. Ils habiteront à Idavoll, là où autrefois s'élevait Asgard. C'est là aussi que viendront les fils de Thor, Modi et Magni ("fureur" et "force"), lesquels seront en possession de Miollnir. C'est là encore que se rendront Baldr et Hodr, en provenance de Hel. Tous ensemble, ils prendront place et converseront : ils évoqueront leurs antiques secrets et s'entretiendront de tous les évènements qui autrefois se déroulèrent, du serpent de Midgard et du loup Fenrir. Ils trouveront dans l'herbe les tablettes d'or (il semblerait qu'il s'agisse des pièces de jeu utilisées par les Ases au commencement des temps, lors de l'âge d'or décrit à la strophe VIII de la Völuspá) qui avaient appartenu aux Ases. Voici ce qui est dit ici :

"Vidar et Vali
Habiteront les demeures divines
Quand s'éteindra le feu de Surt.
Modi et Magni
Possèderont Miollnir
Quand cessera le combat de Vingnir."

- Vingnir signifie littéralement : "celui qui agite" (une arme), il s'agit de l'un des noms du dieu Thor. Son sens est donc : "Quand prendra fin le combat livré par Thor au serpent de Midgard".

Serpent de mer

Deux êtres humains, dont les noms sont Lif ("personnification de la vie") et Leif-thrasir ("persistance de la vie" ou "persistance de ce qui a survécu"), se cacheront à l'endroit appelé : "bois de Hoddmimir" ("holt" serait un mot norrois désignant un bois ou un bosquet. Hoddmimir exprime donc l'idée de trésor associé soit au personnage mythique Mimir, soit à l'idée de conservation) pendant (que fera rage) le feu de Surt, et se nourriront de la rosée du matin (vivre d'amour et d'eau fraiche prendra tout son sens cette fois). Ils auront une descendance si nombreuse que le monde entier en sera peuplé comme il est dit ici :

"Lif et Leif-thrasir,
Ils se cacheront
Dans les bois de Hoddmimir,
Et de la rosée du matin
Ils se nourriront.
Ce sont d'eux que les hommes naîtront".

Mais ceci va te paraître merveilleux : Sol ("sólin" : le soleil qui ici est féminin) aura donné naissance à une fille, qui ne sera pas moins belle qu'elle. Elle empruntera les chemins parcourus par sa mère, comme il est dit ici :

"A une fille
Alfrodull donnera naissance
Avant que Fenrir ne la rattrape.
Elle chevauchera, cette vierge,
Sur les chemins de sa mère,
Quand les puissances divines périront".

- Alfrodull signifie auréole des Elfes (qui désigne elle-même le soleil). Pour ce qui est du vers mentionnant Fenrir, il s'agit probablement d'un synonyme pour le loup ou qu'il existe différentes versions du Ragnarök.

Les terres renaissent de leurs cendres et une nouvelle génération de dieux et d'hommes émergent pour former un monde nouveau, cette fin (ou ce début) laissera sans doute plus optimiste que la conclusion brutale du Ragnarök, nous laissant ainsi l'esprit plus tranquille pour à la suite...

L'Ouroboros nordique :

Certains d'entre-vous l'auront sûrement remarqué, mais il semble que l'on parle beaucoup du fait que Iormungand le serpent de Midgard soit si grand qu'il encercle les terres en finissant par se mordre la queue. Cette position étrange n'est pas anodine et porte un nom bien précis : Ouroboros (terme à l'origine grec qui a été latinisé et signifie littéralement : "qui se mord la queue").

Ouroboros
Un Ouroboros "féérique", réalisé par Rosie Lauren Smith.

Ce symbole représente le cycle éternel de la nature, voire le début et la fin de toutes choses (il faut rajouter que Iormungand par sa présence seule maintenait les océans en place). Le serpent de Midgard était donc une sorte d'incarnation du changement (comme Nidhogg), un symbole d'espoir et de renouveau diront certains (donc encore une fois, il faut aller au-delà de la simple apparence "monstrueuse" pour extirper le véritable rôle de notre ami écailleux).

Iormungand n'est pas le seul ophidien qui se mord la queue dans les mythes et légendes. Pour n'en citer que quelques uns, voici une petite liste d'Ouroboros :

- Amphisbène : créature de la mythologie romaine (appelée aussi : "amphisbaenae"), l'Amphisbène (littéralement : "reine des fourmis") est une sorte de serpent qui possédait une tête à chaque extrémité. Selon l'auteur Lucain (poète romain né en 39 après J.C.), cette créature serait née du sang de la Gorgone Méduse (à noter qu'une autre créature fabuleuse est née du même sang, mais, je vous en parlerai sans doute plus tard) alors que le héros Persée survolait (chaussé des sandales ailées du dieu Mercure) le désert de Libye, tenant à la main son macabre trophée laissant choir le sang qui donna naissance à cette étrange créature.

Ouroboros
Série de croquis représentant divers Ouroboros par Rodrigo Vega.

- Apophis : Divinité de sinistre réputation de la mythologie égyptienne (son nom égyptien étant d'ailleurs : "Aapep" et se traduirait littéralement par : "géant" ou "serpent géant"), Apophis serait le dieu de la nuit, du chaos et personnifierait le mal. Son rôle ne s'arrête cependant pas à incarner la malfaisance, vu qu'il est "tenu" tous les jours de tenter d'avaler (dieu suprême représentant l'astre de jour) et sa barque solaire alors que ce dernier voyage sur le Noun (océan primordial). Mais, chaque jour Apophis se retrouve vaincu et chaque lever de soleil ajoute une victoire au palmarès du dieu solaire. Le rôle d'Apophis est donc différent de ses collègues serpentiformes, vu qu'il a pour objectif d'interrompre la course du soleil et mettre fin au cycle mis en place (Apophis représente donc les éclipses solaires).

- Coatl : mot Nahualt (ancienne langue encore parlée au Mexique) qui signifie : "serpent" ou "jumeau". Il s'agit du nom d'une créature présente dans le calendrier Aztèque. Représentée souvent sous les traits d'un serpent ailé aux ailes multicolores (comme l'arc-en-ciel), il est représenté dans le jeu de rôles : Donjons et Dragons sous le nom de Couatl.

Coatl
Magnifique illustration représentant un Coatl.

- Shesha : serpent de la mythologie indienne qui représenterait la succession des univers (je reste peu bavard sur ce dernier vu que lui aussi fera l'objet d'un article plus complet dans le futur).

L'Ouroboros existe encore dans d'autres mythologies (africaine, chinoise, phénicienne,...), mais pour ce genre de détails, je vous laisse faire vos propres recherches. Cet illustre symbole a été employé à maintes reprises en alchimie (symbole d'unité éternelle de toute choses) par exemple et est encore employé de nos jours, par certaines sectes, en littérature fantastique(lisez la Roue du Temps de Robert Jordan si vous voulez une bonne référence en la matière) et probablement dans d'autres domaines plus spécialisés.

Iormungand

Conclusion :

Et voilà que s'achève notre long et périlleux voyage au royaume des Dragons du Nord. J'espère comme toujours, que la route n'a pas été trop longue, et que votre lecture aura répondu à la plupart des questions que vous vous posiez sur le sujet. J'ai pris un immense plaisir à faire ces longues recherches pour en générer le travail que vous avez sous les yeux, et je pense reprendre ma plume sous peu, pour vous offrir une autre odyssée sous d'autres horizons lointains, à la recherche d'autres créatures qui peuples les mythes et les songes de notre monde.

Idraemir

mardi 14 août 2012

Nidhogg, fléau des Neuf Mondes

La Scandia ! Terre rude où le climat, rarement clément a donné naissance à des hommes pour qui bravoure et courage ne sont pas un vain mot ! Parmi la légion de dieux, Géants, Alfars et autres Élémentaires qui parsèment la trame de leurs mythes et traditions, se niche une espèce rare mais d'une puissance incommensurable : les Dragons ! La fois dernière nous avions longuement décortiqué la Harpie grecque qui n'est autre qu'un Élémentaire de l'air. Pour cette fois donc, nous retournerons dans le Nord pour décortiquer non pas un Dragon, mais trois. Le premier rappellera les origines celto-nordiques de ses pairs en étant associé à la terre, le second ira chercher dans le registre classique (vu que l'église à déformé le mythe du Dragon chtonien pour en faire un cracheur de feu invétéré, parfois lié au Malin, ce qui est franchement un raccourci douteux...) pour se lier à l'élément du feu et enfin, le dernier et non le moindre, se fera une joie de nous démontrer ses liens avec l'élément de l'eau, histoire de former le cycle complet des quatre éléments.

Pour ce faire, je me suis servi d'un grand nombre de sources dont deux en particulier à savoir : "L'Edda" de Snorri Sturluson (probablement rédigé vers 1220 après J.C., ce livre est vu comme un recueil de poésie scandinave traditionnelle ou "scaldique", mais également comme une représentation plus ou moins complète et fidèle de la mythologie scandinave) et "La Chanson des Nibelungen" (écrit en moyen haut-allemand vers le XII-XIIIème siècle et relatant la saga de Siegfried - Sigurd).

Les Neuf Mondes
Représentation classique de la cosmologie nordique.

Mais, avant toute chose, il me faudra vous faire faire un peu de géographie théologique (terme exotique de ma fabrication mais qui cible bien ce qui va suivre), en vous décrivant plus en détail la cosmologie nordique et donc, les 9 Mondes.

1) Muspell , terre de désolation :

"En tout premier lieu, il y eut cependant le monde qui est appelé Muspelheimr. Il est lumineux et très chaud, car cette région n'est que feu et flammes, aussi est-il inaccessible aux étrangers..."
- Gylfaginning str.4 (l'Edda).

Géant de Muspell
Bain de lave, délassant et si bon pour la peau (et si bien illustré par les bon soins de Patrik Hjelm)...

Muspell ou Muspelheimr (dans un vieil islandais très approximatif) est un terme emprunté au vieux haut-allemand (ancien parler germanique). Le terme germanique Muspilli signifierait d'ailleurs littéralement : "destruction du monde avec un gigantesque incendie".

Comme le terme semble le désigner, Muspell est loin d'être un monde accueillant pour les mortels (les combinaisons de kevlar se faisant rares à l'époque).

Aux origines, il n'y avait que le néant et le premier des Neuf Mondes était Muspelheimr, au sud de toutes choses. Terre embrasée peu propice à la vie telle que nous la connaissons. Sa rencontre avec le froid du Monde de Nifhleimr (voir plus bas) fit fondre le givre. Des gouttes d'eau produites surgit une créature de forme humaine mais d'une taille prodigieuse : le premier Géant Ymir. De sa sueur naitront les différentes races de Géants du givre (ainsi que les Géants du feu à moins qu'ils ne soient sortis du néant) qui seront à travers les âges, les principaux adversaires des dieux.

Géant de Muspell
L'accueil de Muspell ne vous laissera pas de glace (création de Raeh)...

Pour décrire plus en détail Muspell, imaginez une terre noircie où la lave forme de véritables rivières bouillonnantes. L'air lui-même est brûlant et charrie des vents nauséabonds qui peuvent parfois se révéler fatals pour les voyageurs imprudents. Celui qui foule le sol dévasté de ce monde pourra d'ailleurs constater les effets de ce plan (d'existence) sur les précédents étrangers qui ont foulé cette terre : leurs ossements parsèment le paysage local, ajoutant une touche décorative macabre à souhait !

Outre les gaz toxiques, la chaleur ou la lave brûlante, les indigènes de ce monde ne sont pas en reste pour ce qui est de l'accueil... En effet, les Géants de feu peu enclins à fraterniser avec le premier venu achèveront bien vite le travail entamé par l'environnement local, pour ne laisser derrière eux qu'une carcasse fumante de plus dans le décor. Si Muspell est l'une des cause de l'émergence des Neuf Mondes, il en sera aussi le symbole de leur chute, sous les traits du seigneur des Géants du feu : Surtr le Noir, destiné à embraser Midgard lors du Ragnarök (ou Ragnarokr).

2) Niflheim, le monde des brumes :

Littéralement "monde obscur", Niflheim (ou Niflheimr) est une terre intimement liée au froid. Pas le petit coup de froid que vous pourriez attraper en allant folâtrer dans la neige, le froid qui vous gèle jusqu'au tréfonds de votre être, bref la bise glaciale de la mort. En effet, Niflheim n'est rien d'autre que le domaine de Hel (divinité apparaissant sous les traits d'une femme désirable d'un côté, cadavérique et pourrissante de l'autre. Elle n'est autre qu'une des trois filles du dieu Loki et de la Géante Angrboda), déesse du royaume des défunts (du moins les trépassés qui ont été ignorés par les Valkyries pour leur lâcheté ou simplement le fait de ne pas être mort glorieusement comme il se doit).

Niflheim
Splendide illustration de Toronn.

C'est de la réunion de Muspell et Niflheim (le chaud et le froid) que naquit le premier Géant (Ymir) et donc, que le monde émergea du grand chaos. En effet, l'une des vagues de glace d'Elivagar (flots tumultueux). Composée principalement de poison, ladite vague de glace déborda de Ginnungagap (gouffre béant des origines) pour se solidifier en glaciers et montagnes de glace. L'ouvrage glacé commença d'ailleurs à fondre sous l'action de Muspell et des gouttelettes de cette "eau" jailli enfin Ymir le Géant de givre.

Hormis son "petit" rôle dans la création de la vie, le monde de Niflheim est une terre de glace immaculée où le froid est omniprésent et le ciel constamment couvert (ce qui lui a valu le surnom de : Monde des brumes). Situé sous la troisième racine d'Yggdrasil (ou Yggdrasill), pointée en direction du Nord, il s'agit du royaume le plus profondément enfoui et également la tanière du charmant sujet de notre article (Nidhogg qui sera évoqué plus tard, chaque chose en son temps) ainsi que le "Chaudron bouillonnant" Hvergelmir d'où s'écoulent les onze rivières primordiales, les vagues de glace, Elivagar : Öl, Guuthrà, Fjörm, Fimbulthul, Slid, Hrid, Sylgr, Ylgr, Vid, Leiptr et Gjöll.

"Je sais qu'une halle s'élève,
Du soleil éloignée,
Sur les sinistres rivages.
Ses portes au nord sont orientées,
Des gouttes de venin
Tombent par les lucarnes,
Cette halle est tressée
D'échines de serpents.
Devront traverser à pied
Des fleuves épais,
Les parjures
Et les meurtriers."
- Gylfaginning str. 52.

Cette terre austère et peu accueillante, souvent soumise à de rudes tempêtes de neige, n'est pas vraiment une halte populaire pour les voyageurs (la halle de Nastrandir citée plus haut, a peu de succès, vu qu'elle est là pour punir les parjures et les meurtriers de la société nordique)... L'absence de saisons ainsi que le froid mordant saupoudré d'un zeste de vent "fripon" (entendez par là qu'il vous arracherait la peau s'il le pouvait, histoire de rire un coup) constitueront une épreuve à la limite du supportable pour bien des mortels.

3) Iotunheimar, le pays des Géants :

Situé au nord-est de Midgard (notre monde) se trouve Iotunheimar (Jötunheimr en vieil islandais), terre des Géants de givre et des Géants des tempêtes (deux races issues du Géant primordial Ymir). Moins glacial que Niflheim, le climat reste tout de même rude et il ne fait pas bon se trouver pris en pleine tempête de neige. Le paysage souvent enneigé laisse un sentiment d'immensité, avec ses chaînes de montagnes aux sommets immaculés, ses sapins aussi hauts que des séquoias (conifère pouvant atteindre les 80 mètres de hauteur) le tout baignant dans une fraicheur vivifiante !

Iotunheimar se découpe en plusieurs parties : au nord vivent les Géants de givre, au nord-est, les Géants des tempêtes (qui vivent dans d'immenses cavernes), en plein Est, la forêt de fer, Jàrnvidr, où vivent des loups géants (les loups d'hiver) et leur mère Angrboda (mère de Hel, Fenrir et Iormungand dont la traduction du nom signifie : "celle qui apporte le chagrin"). 

"Hrymr arrive de l'Est
Bouclier levé..."
- Völuspa str.50.

Si les Géants de givre (Hrimthursar) sont brutaux et violents afin d'être en accord avec le Chaos primordial, les Géants des tempêtes (Jötnar) eux, sont plus sociables et savent apprécier la bonne chère ainsi que les petits plaisirs de la vie (ce qui ne veut pas dire qu'ils ne vous colleront pas un "pain dans la margoulette" si vous avez le malheur de les provoquer ou contrarier).

Géants de Iotunheimar
Accueil "traditionnel" des Géants aux visiteurs...

S'il semble au premier abord que l'habitat des Géants soit primitif et frustre, il existe tout de même de grandes cités comme Utgardr qui se dressent en haut des montagnes enneigées de Iotunheimar et où il serait possible (je n'ai pas encore reçu mon invitation pour le confirmer) de banqueter à foison, se bagarrer (si l'envie de vous colleter avec un Géant de plusieurs centaines de kilos vous tente) et y faire des affaires.

4) Asgard, l'enceinte des Ases :

"Les Ases s'assemblèrent dans Idhavöllr,
Tertres et temples
Ils y érigèrent;"
- Völuspa str7.

Appelé aussi Asgardr il s'agit ni plus ni moins que la forteresse où résident les dieux. En effet, la demeure des Ases a été construite sur Idhavoll (la plaine toujours renaissante). Il s'agissait de base de leur lieu de rencontre mais la cadre était si magnifique qu'ils décidèrent d'y édifier leur royaume. Il est à noter qu'ils n'ont créés que les bâtiments de la cité, les gigantesques murs plus solides que l'acier et blancs comme l'albâtre sont l'oeuvre d'un Géant qui s'était fait passer pour un maître-forgeron afin de duper les dieux sur le montant de son paiement (mais ceci est une autre histoire...).

Asgard
Ravissante représentation d'Asgard (illustration de Flavio Bolla).

Asgard donc, est principalement le Monde où les défunts sont accueillis pour avoir été choisis par les Valkyries (vierges guerrières au service du père des dieux, chargées de venir prendre sur Midgard l'âme des trépassés qui se sont distingués au combat, afin de grossir les rangs des combattants qui participeront au Ragnarök), mais aussi le lieu de résidence des Ases (groupe de dieux apparentés à Odin) et de temps en temps, des Vanes (autre groupe de divinités plus associée à la fertilité, fécondité, magie,...).

Asgard est le plus petit des Neufs Domaines, même si l'on éprouve une curieuse impression d'immensité lorsque l'on y réside. Vu le nombre impressionnant de curiosités, temples et j'en passe (Asgard n'est pas vraiment une cité mais plutôt un regroupement de plusieurs halles divines), qui composent la trame de ce monde, il me faudra jouer les guides touristiques pour vous faire faire un rapide tour du propriétaire.

Bifröst le Pont Arc-en-Ciel :

Le pont des flammes, le pont Arc-en-Ciel, Asbru, tant de noms pour désigner le "chemin des Ases". Pont tricolore plus solide que n'importe quel autre, il relie Asgard et Midgard mais n'est pas accessible sans l'accord d'Heimdall (dieu gardien d'Asgard qui outre cette charge, devra souffler dans sa corne, Giallarhorn, afin de prévenir les autres dieux du début du Ragnarök), ce dernier d'ailleurs ne laisse passer la plupart du temps que les Ases qui désirent sortir et les guerriers morts qui désirent entrer.

La plus proche demeure de Bifrörst est Himinbjörg le "château dans le ciel" demeure du gardien du pont tricolore.

Heimdall
Heimdall soufflant dans Giallarhorn (par Emile Denis).

Gladsheimr, la halle lumineuse :

Temple dédié aux Ases, il s'agit d'une superbe maison longue aux proportions épiques, dans laquelle se trouve la tour Hlidskjalf ("tour d'observation") et le trône du père des dieux, lui-même. Assis sur son haut siège, Odin (ou Odhinn, c'est comme vous le sentez) peut observer les Neufs Mondes, de l'évènement le plus insignifiant au plus grand.

Cette halle de légende contient également un haut siège pour chacun des dieux Ases mâles afin qu'ils puissent tenir conseil de temps à autre, en dehors de leurs réunions habituelles à l'ombre d'Yggdrasil.

Vingolf :

(N.B. : Vous n'avez pas droit à un titre pompeux, pour la simple raison que la traduction de ce nom est fort discutée. Le seul terme plus ou moins décortiqué fait d'ailleurs référence au pinard, c'est dire...)

Temple jumeau de Gladsheimr, Vingolf est situé juste à côté et réservé aux déesses : les Asynjur. Déesses Ases et Vanes peuvent y siéger entre elles afin d'y prendre les décisions les concernant (vu que les mâles y sont proscrits).

Valhöll :

Appelée aussi Valhalle (de façon francisée), le terme désigne à la fois l'ensemble des guerriers morts et une halle. Il s'agit de fait d'une gigantesque salle de banquet où Odin accueille les guerriers morts glorieusement au combat. Enfin... la moitié d'entre-eux (l'autre étant envoyée dans la halle de Freyja, Folkvangr).

Le Valhöll est si haut qu'il est difficile d'en apercevoir le sommet, mais, couvert d'or, il luit sous la caresse de l'astre solaire. La halle compte six cent quarante portes, si grandes que chacune pourrait laisser passer neuf cent soixante guerriers en même temps. Impossible de manquer ce bâtiment à la gloire du combat : un loup pend à la porte ouest et un aigle le survole constamment. La charpente est constituée de lances et de boucliers et sur les bancs traînent des broignes (a la différence d'une cotte de mailles qui est formée d'anneaux reliés entre-eux, la broigne elle, est composée d'un support de base en tissu, sur lequel seront fixés les anneaux ou les plaquettes métalliques suivant le modèle d'armure).

En ces lieux, les einherjar, "les guerriers uniques morts au combat", choisis par le père des dieux, boivent et s'entraînent en attendant l'heure de Ragnarök. Chaque jour, ils s'affrontent entre eux dans des combats sanglants, et le soir, les blessés retrouvent leur vigueur et tous retournent festoyer dans la halle (on a connu pire comme sort).

Yggdrasil
Représentation assez personnelle d'Yggdrasil (par Claire Jones).

Sur le toit d'écus, la chèvre Heidrun broute les rameaux d'Yggdrasil qui parviennent jusqu'ici et, en guise de lait, c'est de l'hydromel qui coule dans ses pis, qu'elle vide dans des cuves entières, qu'elle remplit chaque jour (j'en vois déjà saliver dans le rang du fond). L'alcool coule donc à flots et la bonne chère n'est pas en reste non-plus. Le sanglier Sehrimnir (ou Saehrimnir, ce nom pourrait signifier "être couvert de charbon") est sacrifié quotidiennement et servi par le cuisinier d'Asgard, Andhrimnir (je ne vais pas tout traduire chaque fois...). Les guerriers de la halle pourront ainsi festoyer de sa chair (gros sanglier n'est-il pas ?) après les combats et l'animal ressuscitera chaque soir, pour être à nouveau sacrifié le lendemain, en un cycle sans fin. Si les einherjar s'empiffrent, l'Ase suprême Odin, lui n'y touche pas, préférant nourrir ses deux loups Geri et Freki (il n'hésite pas par contre à boire avec ses guerriers).

Folkvangr :

"Folkvangr est appelé
L'endroit où Freyja décide
De l'attribution des sièges dans la halle
La moitié des morts au combat,
Chaque jour elle choisit,
Mais Odhinn obtient l'autre moitié."
- Gylfaginning str24.

Si la traduction de ce nom nous apprend que ce lieu se nomme : la "plaine des troupes" (ça vous aide moyen hein ?), je puis vous dire qu'il s'agit du champ de bataille sur lequel s'entraînent les guerriers morts choisis par les Valkyries, puis sélectionnés par Freyia (ou Freyja, fille de Njörd le Vane, elle est également l'épouse d'Odr et la déesse de l'amour, de la beauté mais également d'une forme de magie chamanique appelée le Sejdr), car telle est la nature de leur accord.

Au centre de ce terrain d'entraînement, trône fièrement la demeure de la dame : Sessrumnir. Sa propriétaire y siège en tant que Valkyrie, déesse des combats et des destinées (comme les Nornes qui sont citées en seconde partie).

Sessrumnir est également un haut lieu magique (vu que les Vanes sont proches, voire apparentés aux Alfar, la magie est un peu leur violon d'Ingres) : le printemps est la seule saison existante, des chats dorés de la taille d'une panthère, déambulent dans les jardins (le char de Freyia est tiré par ces animaux), des fontaines jaillissent soudainement dans le décor,... bref, cet endroit est un enchantement sans cesse renouvelé, où la végétation peut croître au rythme des vers chantés par les scaldes (bardes nordiques) et seule une poignée d'élus triés sur le volet (hormis le frère adoré de Freyia, Freyr), peuvent goûter à la paix et la quiétude de ce lieu féérique.

Noatun, l'enclos aux bateaux :

Domaine de Njörd (père de Freyia et Freyr, dieu de la pèche, des bateaux, de l'eau ainsi que du feu), Noatun reflète le désir de son propriétaire d'être toujours proche de son élément : la mer. En effet, le palais du dieu marin n'est que le double de son autre demeure : Vanaheimr (qui est son monde d'origine) en terre Vane. Il est d'ailleurs possible d'apercevoir (par un procédé magique) ledit palais de l'autre côté de l'eau qui borde Noatun. Njörd est souvent absent de sa demeure, préférant passer son temps sur ses navires et à la pêche. Il ne rentre qu'à la nuit tombée, étendre ses filets comme le plus humble des pêcheurs.

Bilskirnir :

Palais du dieu le plus apprécié du peuple de Midgard (Thor pour ceux qui n'ont pas deviné, dieu de la foudre, de la force et de la bravoure), il est également le plus vaste de tout Asgard (le palais pas Thor... quoique), une véritable cité. Fait de briques séchées et de pierre, composé de six cent quarante pièces aux plafonds très hauts, et aux fenêtres grandes ouvertes, le rire tonitruant et les éclairs du propriétaire de Bilskirnir ne semblent plus effrayer les autochtones. Lorsque le dieu du tonnerre est présent, il laisse éclater ses rires et ses colères tout deux légendaires. Lors de ses absences (parti chasser le Géant souvent), Sif à la chevelure d'or (au sens littéral), son épouse, reçoit avec simplicité les visiteurs.

Asgard
Version plus simpliste et austère du Valhöll.

Ydalir :

Ydalir est le palais le plus en retrait, niché dans un bosquets d'ifs (le bois qui sert à fabriquer les arcs). C'est là que réside Ull (ou Ullr, se traduisant : "le magnifique"), le dieu de l'archerie et de la chasse parfois chaussé de patins, lui permettant de voler sur la glace pour traquer ses proies. Ull serait le fils d'un premier mariage entre la déesse Sif et un prince Alfar : Aurvandill. Peu loquace mais patient et tenace Ull est parfois chargé par Odin de garder le domaine des Ases, lorsque les dieux se déplacent en hiver, montrant par ce biais qu'une entente cordiale entre Ases et Vanes est possible (une terrible guerre dont le motif a été oublié, a éclaté entre eux par le passé).

Fensalir :

Appelé aussi ; "halle des marais" (mais traduit littéralement comme : "salle du marais"), Fensalir est la demeure de la déesse Frigg (épouse d'Odin et mère de Baldr, elle n'est autre qu'une équivalence de la Déesse-Mère celtique. Patronne du mariage et de la maternité, elle sait prédire l'avenir ainsi que le destin de chaque homme mais garde ses secrets). L'aspect du bâtiment pourrait se résumer à une maison de campagne au toit doré, mais cernée de mares débordantes de vie et bordées de bouleaux au troncs blancs, les arbres préférés de la déesse.

Depuis la mort de son fils : Baldr (ou Balder), Frigg est inconsolable et se renferme dans sa demeure. Toutefois, elle reste tout de même la première conseillère du père des dieux et ce dernier n'hésite jamais à la consulter en prenant en compte chaque avis, avec autant d'importance que les conseils avisés de Tyr, Thor ou Freyr. Déesse la plus puissante des Ases, elle est une redoutable magicienne et sa beauté en a laissé plus d'un sans voix. En parfaite hôtesse, elle règne sur Fensalir avec ses dames et ses fidèles servantes.

Breidablik :

L'un des plus magnifique palais de tout Asgard mais également le seul qui demeure vide et silencieux (ses portes ont d'ailleurs été scellées magiquement par Frigg). Il s'agissait de la résidence de Baldr et de son épouse Nanna, a présent décédés, ils résident dans le palais de Hel (déesse du monde froid de Niflheim). La mère de Baldr vient souvent pleurer et y déposer des offrandes qui y disparaissent, acceptées comme des présents par son fils défunt.

Glitnir :

Il est une halle appelée Glitnir,
D'or sont les piliers,
D'argent son propre toit.
C'est là que réside Forseti
La plupart des jours,
Et qu'il apaise toutes les querelles.
- Gylfaginning str. 32.

Le fils de Baldr : Forseti ("président", pas de la république mais du tribunal...), rend la justice dans ce palais-tribunal dont le nom signifie plus ou moins : "le brillant". Il est en effet éblouissant, avec son toit fait d'argent, soutenu par des piliers en forme de cornes d'or rouge et son sol scintillant. Forseti (divinité du "thing" : sorte d'assemblée gouvernementale nordique composée par les hommes libres de la communauté) est un "homme" d'âge mûr, d'une grande éloquence et pétri de sagesse (sans oublier qu'il est un médiateur hors pair). Il porte d'ailleurs sa hache fixée dans le dos, pour signifier que la discussion est supérieure à la violence aveugle. Tyr le dieu de la stratégie et des jugements, est toujours convié à donner son avis lors des décisions de Glitnir.

Et la visite continue vers le Monde suivant.

5) Alfheim, le pays des Alfars :

Alfheim
Alfheim dans toute sa splendeur. (par Yume-Rie).

Alfheim (ou Alfheimr) n'est rien d'autre que le "monde des Elfes" ou "pays des Elfes" (on peut encore trouver le nom Ljossalfheimr, en référence aux Alfars de lumière). Ce monde est sans aucun doute le plus déstabilisant de tous (pour les mortels), sans pour autant être le plus dangereux. Le paysage ne cesse de changer (les informations qui suivent semblent proches de l'Elficologie Celtique. Je me permet d'ajouter qu'il ne faudra donc pas prendre tout au pied de la lettre, mais qu'il sera peut-être préférable de faire vos propres recherches pour confirmer ou infirmer ces dires), se remodelant à chaque instant par la volonté et la magie de ses habitants : les Alfars, pour se plier à leurs désirs (le temps y est d'ailleurs subjectif).

Alfheim

Hormis cela, ce plan (d'existence) se compose principalement de bois luxuriants et de prairies verdoyantes qui se chevauchent et s'entrelacent pour former une véritable orgie de végétation. Il n'y a pas vraiment de changements de saisons au même moment en Alfheim. Il peut tout aussi bien neiger dans une partie de ce monde, alors qu'au même moment ce soit l'été quelques lieues plus loin... Il arrive même que certaines régions soient bloquées sur une saison en particulier (c'est souvent le fait d'un Alfar noble qui prend le temps d'admirer plus longuement sa période fétiche). Comme précisé plus haut dans ce chapitre, le temps reste subjectif (rien n'est établi dans ce monde). Une journée n'a donc pas systématiquement la même durée d'un lieu à l'autre et il change de façon aléatoire et incompréhensible pour les humains.

6) Vanaheim :

Répondant également au doux nom de Vanaheimr, il s'agit (pour faire dans la métaphore facile) du grenier à blé et du verger des Neufs Domaines. Les visiteurs ont l'impression d'arriver sur un gigantesque île à la végétation luxuriante et aux climat tempéré. Composée de vastes prairies riantes et de bosquets verdoyants, tout semble croître avec une facilité déconcertante ici, car le sol de ce domaine est le plus fertile de tous les 9 Mondes existants.

L'abondance règne sur Vanaheim et ce même dans le domaine océanique. En effet, la pêche est une activité commune vu que la mer (la côte de ce monde se compose de falaises à pics et de plages de sable fin) regorge de poissons, grâce à l'influence du dieu Njörd (voir plus haut à Noatun) et de la bienveillance d'Aegir (personnification de la mer, il ne s'agit pas vraiment d'un dieu mais plus d'un Géant, chose étrange vu qu'il réside sur un monde appartenant aux Vanes).

Vanaheim
Possible apparence d'un village en Vanaheim.

De petits villages forts semblables à ceux de Midgard sont peuplés de Vanes accueillants mais discrets.

Près des bosquets se trouvent des pierres dressées gravées de runes devant lesquelles ont été déposés (en guise d'offrande) des paniers de fruits et de graines, même si l'intégralité de l'île est un lieu sacré. La violer ou la souiller sera vu comme une offense difficilement pardonnable et entraînera l'expulsion immédiate et sans appel du malandrin.

Vanaheim

Pour ce qui est des saisons, elles sont semblables à celles de Midgard, mais les températures hivernales restent plus douces et juste assez différenciées pour permettre à chaque cycle une abondante récolte. Le ciel reste la plupart du temps clair et pur entre deux ondées rafraîchissantes.

Malgré son côté pacifique , il ne faut pas croire que le peuple des Vanes n'est qu'une nation de paysans incapables de croiser le fer. Ils ont maintes fois prouvé leurs talents dans le domaine martial (surtout durant la longue et pénible guerre des Ases).

En sus des Vanes (et Alfars je suppose bien que ce soit un brin la même chose), la population de ce monde se compose également d'un grand nombre d'animaux forestiers, de Dryades (tout au moins une équivalence nordique vu que les Dryades sont issues de la mythologie Grecque), de Nymphes (variante aquatique de la Dryade), de Sylphes (Élémentaire de l'air) ainsi qu'un nombre incalculable d'Élémentaires divers et variés.

Les trois divinités majeures des Vanes : Njörd, Freyr, et sa soeur Freyia, reviennent quand ils le désirent dans leur domaine. Néanmoins, ils doivent alterner pour que les Vanes gardent en permanence une voix au conseil d'Asgard.

Un tour "rapide" des principaux centres d'intérêts de ce monde ne fera pas de tort pour la suite.

Le palais de Njörd :

"A Vanaheimr
Le créèrent les sages puissances
Et le livrèrent en otage aux dieux;
A la fin des temps
Il reviendra
Chez lui parmi les sages Vanes."
- Vafthrudnismal str.39.

La demeure du plus ancien des Vanes se trouve sur le rivage est de Vanaheim, faisant face à Alfeim et Asgard, dans son palais de Noatun (voir la section qui lui est consacrée plus haut). La flotte des Vanes reste sous la garde du dieu marin, dans son port où l'eau ne gèle jamais.

Vanaheim
  
Le palais de Freyr :

Freyr (dieu de la vie et de la fertilité il est associé aux sangliers) est certainement le dieu le plus occupé de tous, Vanes et Ases confondus. Il vit dans le palais de Sessrumnir, demeure de sa soeur adorée (Freyia, je ne vais d'ailleurs pas décrire son palais, car fort semblable à celui de Sessrumnir) se situant en Asgard et y réside lorsque cette dernière doit retourner sur Vanaheim. Mais, il a également son propre palais en Alfheim ainsi que celui de Vanaheim où demeure son épouse la Géante Jötunn Gerd (elle n'est pas la bienvenue en Alfheim).

Son palais est fort simple : semblable à une grande maison longue faite de bois, mais ceinturée par un gigantesque jardin luxuriant dont s'occupe Gerd avec ses suivants et servantes.

7) Nidavellir :

Nidavellir ou Nidafioll (là, le second nom est à prendre avec des pincettes, vu que je ne suis pas certain si ce nom se rapporte vraiment à l'autre. Sa traduction qui signifie : "sur les montagnes sombres" semble d'ailleurs désigner le repaire d'un Dragon) est le domaine des Nains (un article futur est en travaux donc je resterais assez bref sur le thème).

Aux origines, les légendes prétendent que lorsque le Géant Ymir (que les Nains nomment Blainn) fût assassiné par Odin, de sa chair, tels des vers, les Nains (appelés aussi Dverg ou Dvergars, ils sont souvent confondus avec les Alfes sombres. Snorri Sturluson semble d'ailleurs convaincu qu'ils ne forment qu'une seule et même espèce, alors qu'au final ça rendrait caduques certaines sources plus anciennes que son livre... Sans oublier que les mythes qui se contredisent son légion) blêmes naquirent, puis s'enfouirent immédiatement dans le sol.

Nidavellir
Le royaume des Nains, pour les amoureux de la pierre (illustration de Yasemin Baran)...

Les Nains eux-mêmes nient cette légendes d'origine humaine et expliquent qu'ils sont nés de pierres (ce qui leur confèreraient le statut d'Élémentaires de la Terre), éclairées pour la première fois lors de la Création des Mondes par les rayons du premier lever de soleil qui leur conférèrent la vie. S'ils s'enfouirent dans le sol, c'est que le soleil pourrait bien (selon eux) les retransformer en leur état primaire.

A la recherche d'eau et de nourriture, ils s'installèrent dans les profondes cavernes de Nidavellir, loin des affaires humaines et divines, aidés en cela par l'indifférence générale que leur portait les habitant de Midgard (trop occupés à se développer pour se soucier d'autre chose) ou les Ases (en train de construire Asgard). La donne changea vite lorsqu'il se révéla que les Dvergars étaient des mineurs et des forgerons d'exception. Eux seuls savaient comment, enchanter lames, bijoux et autres objets. Les Dvergars prirent soudainement une importance de premier rang dans les affaires commerciales avec les dieux dans les domaines de la métallurgie et de l'orfèvrerie (entre autres).

Nidavellir
Cité Dvergar par Jaslynn Tham.

La culture de racines et champignons de toutes sortes offre un apport suffisant en guise de légumes et les chèvres qu'ils élèvent (élever des bovin aurait demandé plus d'efforts sans oublier un pâturage indisponible dans le coin) fournissent lait et viande en quantité suffisante. Les longs réseaux de cavernes qui traversent Nidavellir débouchent parfois sur des plans d'eau habités par une faune aquatique délectable. les Dvergars contrairement à la croyance (du Nain qui ne se lave jamais et abhorre l'eau...) sont de bons nageurs et pêcheurs et le poisson capturé sera un met de choix, qui changera de l'ordinaire. Leur boisson de prédilection est, comme de juste, l'hydromel (une anecdote sur le stéréotype du Nain alcoolique et son origine sera détaillé dans un article futur... patience donc) mais, il peut leur arriver de distiller de l'alcool avec ce qu'ils ont sous la main (pour faire de l'acool basique, grosso modo, il suffit de faire macérer quelque chose dans un endroit sombre et sans oxygène, on peut donc fabriquer de l'alcool avec presque n'importe quoi) pour varier les plaisirs (je précise que ce paragraphe est probablement une adaptation faite par de talentueux rôlistes fidèles aux anciens textes. Je suis d'ailleurs impressionné par la qualité de leur travail, au point de mentionner quelques extraits épars, afin d'honorer leur impressionnant ouvrage portant le nom du grand frêne).

8) Midgard :

"De la chair d'Ymir
La terre fut créée,
De son sang la mer,
De ses os les montagnes,
De ses cheveux les arbres,
Et de son crâne le ciel.

De ses cils, ils firent,
Les dieux cléments, Midgard
Pour les fils des hommes.
Mais de son cerveau
Furent créés
Tous les nuages cruels."
- Gylfaginning str.8.

Midgard
J'espère que vous avez compris que Midgard n'est rien d'autre que notre propre monde (joliment illustré par Michael Davini au passage)...

Hormis le fait qu'il soit parfois appelé : "monde du milieu", il n'y aura pas grand chose à décrire sur ce monde (hormis si vous désirez vraiment que je vous fasse un cours de géographie barbant). Imaginez la Scandia (ensemble d'îles qui désigne les royaumes du Nord) avec ses terres enneigées bordées de montagnes, parsemées de forêts de conifères ici et là, avec un petit village ou comptoir commercial pour briser la monotonie et, sur les côtes, des fjords majestueux, parcourus par des navigateurs chevronnés que sont les normands (pour ceux qui se demandent pourquoi j'emploie rarement le terme viking, sachez que l'époque dite "viking" débute à la fin du VIIIème siècle pour se terminer au XIème siècle. D'ailleurs, ledit mot serait originaire de l'expression en vieux norrois : "fara i viking", signifiant tout bêtement : "partir en expédition"... Donc je me vois mal employer une expression erronée et inadaptée), sur leurs langskips (navires de guerre normands longs et étroits) et vous avez un bon résumé de la partie de Midgard qui nous intéresse.

9) Svartalfheim, le Monde des Elfes Noirs :

Egalement connu sous le doux nom de Svartalfaheimr (en vieil islandais, comme toujours), il s'agit d'un véritable labyrinthe de tunnels et d'escaliers assez raides, sans cesse changeants, le tout dans un noir de poix, entrecoupé de temps à autre, de salles éclairées par de splendides gemmes, mais tout aussi impossibles à localiser par la suite. Comme leurs frères restés en Alfheim, les Alfars sombres apprécient par dessus tout le changement lié à leur humeur tout aussi variable mais néanmoins plus sombre que celle de leurs cousins. Comme vous vous en doutez, il n'existe pas de saisons sous terre, mais il arrive de temps à autre que le vent chargé d'humidité, s'engouffre dans le réseau de tunnels, faisant chuter la température de dix degrés. Il fait un froid glacial dans ce monde souterrain, mais, dans les salles où demeurent les Alfars, on a l'impression de se croire dans un champ de fleurs par une magnifique journée de printemps avec un soleil amical qui semble vous prodiguer sa douce chaleur.

Svartalfheim

Il n'y a ni culture ni troupeaux en ces lieux. Les Alfars n' y voient aucune utilité. Ils vivent de la nourriture magique qu'ils créent. Dans ce monde glacé et solitaire les Dökkalfar (on parle toujours des Alfars sombres) tentèrent de reproduire dans les cavernes, ce qu'ils avaient perdu à jamais (ils auraient fait partie d'une même fratrie que celle des Alfes clairs, mais suite à une divergence d'opinion, cela tourna en guerre entre les deux parties, pour se terminer par le bannissement des Alfes sombres). Des diamants de la plus belle eau, dénichés par les mineurs, au sein même de la montagne, formèrent les étoiles du firmament sur les voûtes des salles de quartz bleu. Des incrustations de gemmes dans les parois mimèrent la végétation, et leur bien aimé Yggdrasil (voir le chapitre suivant), fut sculpté dans une émeraude géante au centre du seul temple de ces labyrinthes de tunnels sans fin, s'enfonçant profondément dans les montagnes. Leur magie fit le reste.

Svartalfheim
Un monde froid mais enchanteur à la fois...

En matière d'architecture les Alfes sombres n'ont rien à envier aux Dvergars (Nains). Les rares voyageurs qui ont pu admirer leurs oeuvres sont restés sans voix devant les arches de pierre aux sculptures fines comme des dentelles, s'ouvrant sur des salles aux bas-reliefs représentants des légendes Vanes, Ases, mais également des personnages inconnus des humains. Pour le reste, le mobilier est souvent taillé dans la pierre même, même si l'on a trouvé également des bois exotiques sombres mais luisants (de l'ébène je suppose), qu'ils ont pu acquérir par le commerce avec les Dvergars.

Yggdrasil, le pilier des 9 Mondes :

Après cette (très) longue leçon géographique vous avez fini par vous douter un petit peu de ce qui relie entre eux les 9 Mondes (ceux qui me répondent de la ficelle et un bout de scotch, sortez !). Son tronc colossal, surclasse de loin celui du baobab, ses racines qui s'enfoncent au coeur même des mondes ridiculise celles de l'eucalyptus et sa taille incommensurable relègue le séquoia au rang de nain (de jardin) anorexique. Je veux bien sûr parler d'Yggdrasil, le pilier des Mondes.

Yggdrasil
On reste sans voix devant tant de majesté (artwork de Jorge Jacinto).

Lors de ce chapitre, nous allons décortiquer les éléments qui traite de ce somptueux végétal, puis bifurquer sur le bestiaire mythique qui vit dans ses branches (outre les dieux qui se rendent chaque jour où se dresse le frêne géant il existe une foultitude de protagonistes qui crapahutent au sein d'Yggdrasil) et racines pour parvenir enfin au "héros" de cet article, : le Dragon Nidhogg.

Yggdrasil :

Il possède selon certains autant de noms qu'un arbre n'a de feuilles (je ne me suis pas encore amusé à "effeuiller" un arbre pour les compter). Yggdrasill en vieil islandais, "cheval d'Yggr" (cheval d'Odin, il s'agit de sa traduction littérale, bien que son sens m'échappe) selon certains, "cheval d'effroi" (potence. Vous n'ignorez pas, je suppose, qu'Odin en quête du savoir des runes, s'est pendu à Yggdrasil pendant neuf jours et neuf nuits) pour d'autres et "colonne d'if" (Yggdrasil est, dans certaines versions un if, alors que dans d'autres il s'agit d'un frêne, nous tenterons peut-être de trouver une réponse convenable plus loin) pour les poètes en mal de métaphores.

Yggdrasil
Représentation classique d'Yggdrasil où l'on peut voir tout le bestiaire qui l'accompagne (tentez de deviner qui est qui).

Ce frêne (je le préfère en frêne donc j'utiliserais ce terme pour le désigner, sauf exception), était considéré comme le meilleur d'entre tous (problème : combien d'armoires IKEA du modèle "Borgsjöviken" les suédois peuvent faire avec un frêne de ce format ?), ses branches s'étendent au-dessus du monde entier et dominent le ciel. Il est supporté par trois racines, qui sont extrêmement éloignées les unes des autres. L'une est située chez les Ases, la seconde chez les Géants du givre (sous la racine dirigée vers les Géants du givre se trouve Mimisbrunn : la "source de Mimir", qui recèle la sagesse et l'intelligence), là où autrefois était l'immense abîme Ginnungagap, et la troisième couvre le monde de Niflheim (où réside notre "sympathique compagnon").

Il est fait mention dans un passage de "jeunes pousses", en se basant sur cette information, plusieurs auteurs ont supposé qu'Yggdrasil fut à l'origine conçu comme un if. Un autre passage le décrit comme "l'arbre immense toujours vert", en été comme en hiver et "qui s'élevait près du temple païen d'Upsal, en Suède" selon le chroniqueur Adam de Brême (chroniqueur et géographe du XIème siècle). En gros, if ou frêne, le mystère reste entier...

Yggdrasil
 Représentation chaotique d'Yggdrasil.

les Nornes :

"Près de la source sous le frêne, se trouve une halle splendide d'où sortent trois vierges appelées Urd, Verdandi et Skuld. Ce sont elles qui façonnent la vie des hommes, et nous les appelons Nornes."
- L'Edda, chapitre 15.

Ce court passage de l'Edda nous montre les premiers habitants d'Yggdrasil : les Nornes (Nornir). Figures mythologiques associées aux Moires grecques (ou aux Parques romaines), leur fonction principale consistait a fixer le destin des hommes (la traduction de leurs noms montre que Urd serait la personnification du destin passé, Verdandi, le destin présent et Skuld incarne la notion de futur).

Elles résident près de la source d'Urd et y prennent chaque jour de l'eau et, avec elle, la boue (certains traducteurs pensent qu'il s'agit d'une matière plus "noble", les uns penchant pour de l'eau et d'autres pour quelques "liquides brillants"...) déposée tout autour de la source, et qu'elles en aspergent le frêne afin que ses branches ne se dessèchent ni ne pourrissent. Cette eau est si sacrée que toutes les choses qui entrent dans la source deviennent aussi blanches que la membrane placée à l'intérieur de la coquille de l'oeuf (vous vous doutez que hormis mes parenthèses, le paragraphe présent est retranscrit tel quel).

Les Nornes
Les Nornes en train de recueillir l'eau sacrée de la source (par Sarmati).

"Je sais qu'il est un frêne
Appelé Yggdrasil,
Arbre altier, sacré,
De blanche boue aspergé.
De là viennent les gouttes de rosée
Qui tombent dans les vallées.
Toujours vert, il se dresse
Au-dessus de la source d'Urd."
- Gylfaginning str 16.

Yggdrasil

La rosée qui, de là tombe sur la terre, les hommes l'appellent "miellée" ("hunangsfall" ou "chute de miel", littéralement rosée mielleuse. Le folklore scandinave et germanique connait encore la "rosée de miel" qu'on recueille soigneusement dans les linges pendant la nuit du solstice d'été et à laquelle on attribue de précieuses propriétés comme remède et comme levure." - Georges Dumézil) , et c'est de cela que se nourrissent les abeilles. D'autre part, deux oiseaux vivent dans la source d'Urd : ils s'appellent "cygnes", et c'est d'eux que provient l'espèce d'oiseaux qui porte ce nom.

Ratatosk :

"Un écureuil du nom de Ratatosk court de bas en haut le long du frêne et transmet les paroles haineuses que s'échangent l'aigle et Nidhogg."

Ratatosk
Ratatosk transmettant la nouvelle insulte de Nidhogg à l'aigle (par Daniel Lieske).

Ratatoskr (en vieil islandais), est un écureuil dont le nom signifie littéralement :"dents de rongeur". Il y a peu à dire sur ce vilain petit rapporteur à la queue rousse hormis qu'il lui faut être incroyablement rapide et endurant pour sans cesse jouer les messagers (de la concurrence pour Sonic ?).

Vedrfolnir :

"entre ses yeux est perché un faucon appelé Vedrfolnir".

(haukr en vieil islandais) le faucon étant le seul rapace connu en Islande, Vedrfolnir signifie : "celui qui est devenu pâle sous l'effet de la tempête" (pas certain). Outre ces informations, je n'ai aucune idée de son rôle, hormis celui de décorer le chef de l'aigle...

Dain (et compagnie) :

Dain (Dainn) signifie littéralement ("celui qui est mort"). il s'agit en fait d'un des quatre cerfs qui broute les jeunes pousses du frêne et gambade dans ses branches. Pour ce qui est des autres, Dvalin signifie : "celui qui s'est attardé", Duneyr : "celui qui a les oreilles recouvertes de duvet" (pas certain pour ce qui est de la signification) et la traduction de Durathor n'évoque rien au traducteur (pour ma part ça ferait un très bon nom de méchant pour un comic).

Ratatosk et Hraesvelg
Ratatosk rapportant la dernière injure tortueuse de Nidhogg à Hraesvelg (créé par Lunaros)...


Hraesvelg :

"Gangleri demanda alors : "D'où vient le vent ? Il est si fort qu'il met en mouvement de vastes mers et qu'il attise le feu. Mais tout fort qu'il est on ne peut le voir. C'est là une étrange création.

Le Très-Haut répondit : "Il m'est facile de te le dire. A l'extrémité septentrionale du ciel siège le Géant appelé Hraesvelg. Il a la forme d'un aigle, et , quand il prend son vol, le vent s'enfle sous ses ailes, comme il est dit ici :

Hraesvelg s'appelle
Celui qui siège aux confins du ciel,
Géant à forme d'aigle.
De ses ailes on dit
Que souffle le vent
Sur tous les hommes."

Ratatosk et Nidhogg
... et annonçant la réplique cinglante de Hraesvelg à Nidhogg (sous les coups de pinceaux de Belle).

Appelé aussi Hraesvelgr, la traduction de son nom a pour signification : "celui qui dévore les cadavres" appellation qui reflète une métaphore employée couramment en poésie norroise pour désigner l'aigle.

Nul besoin de décortiquer le passage plus haut, vous vous doutez qu'il est censé être l'origine même du vent par le battement de ses ailes. Au niveau passe-temps notre aigle antique organise une joute verbale avec son vieil "ami" le Dragon Nidhogg et, sans plus tarder, nous allons entrer dans la partie finale qui va mettre en scène notre Dragon "végétarien".

Nidhogg, fléau des Neuf Mondes :

Ratatosk et Nidhogg
Illustration de Lunaros (encore une fois).

Nous arrivons enfin à ce qui devait être le sujet central de ce texte (vu qu'il est consacré aux Dragons nordiques). Il m'aurait toutefois été impossible de vous parler de Nidhogg sans détailler aux maximum la cosmologie nordique (les néophytes n'y auraient sans doute rien compris donc autant être le plus complet possible).

Nous commencerons par un petit paragraphe explicatif sur la question des Dragons. En dönsk tunga (ancien parler Danois si je ne me plante pas), le Dragon se dit dreki et le serpent, ou la vipère, nadr, mais les deux termes sont souvent considérés comme synonymes, et sont donc utilisés pour la même créature (certains amateurs de mythes font souvent l'erreur de confondre ces deux créatures...), successivement parfois dans le même texte. Nidhogg par exemple, est appelé indifféremment serpent ou Dragon. Donc le terme Dragon désigne en général, un serpent muni d'ailes et de pattes (le genre de serpent que je n'aimerais vraiment pas contrarier...), mais que l'on peut aussi appeler serpent, sans que cela choque les hommes du Nord.

Nidhogg
Illustration de Malachi Robb.

Autre erreur classique (ceux qui ont relevé que je n'utilisais pas ce terme dans un passage précis du texte seront félicités) : le drakkar... En effet si dreki désigne le Dragon, drakkar n'est rien d'autre que son pluriel et pourrait à la limite (et avec des gants en amiante) désigner la proue du navire, souvent dotée d'une tête de Dragon démontable, censée effrayer les esprits de la nation qu'ils vont envahir (ils la retirent d'ailleurs quand ils rentrent au pays, afin de ne pas faire fuir les leurs). En réalité, le terme drakkar date du XVIII ou XIVème siècle et serait à l'origine dû au mouvement romantique (que je ne remercie toujours pas pour leur caricature des Élémentaires). Avouez qu'une troupe de guerriers nordiques perchée sur des têtes de Dragons en bois ça en impose tout de suite beaucoup moins...

On décrit souvent les Dragons dans la mythologie occidentale comme malfaisants, cruels, (dans la mythologie nordique les auteurs modernes les voient comme des voleurs de trésors, passés maîtres dans l'art du déguisement et de la ruse. Symboles de la destruction et du chaos, ils ne vivraient que pour assouvir leurs désirs égoîstes...) j'en passe et pas des meilleures (ce n'est pas toujours le cas, comme la Vouivre par exemple ou la légende du Lindorm). Il est rare qu'un Dragon soit malfaisant gratuitement, vu que de base, il est le gardien attitré d'un trésor (devoir) ou simplement poussé par la faim (un loup est foncièrement mauvais pour avoir mangé une brebis ?). Dans le cas de Nidhogg, il semble qu'il soit doté d'une solide couche de méchanceté, si pas de malfaisance (mais c'est peut-être aussi une approche un peu hâtive et bâclée de la question)...

L'apparence de Nidhogg :

Malgré sa réputation (apparente) de cruauté et de mesquinerie, il n'est pas le Dragon le plus connu (j'ai d'ailleurs dû intensifier mes recherches pour dénicher certaines précieuses données qui ne figuraient pas dans mes livres, décrits pourtant parmi les sources les plus fiables), bien loin de là. C'est d'ailleurs la plupart du temps à peine s'il bénéficie d'un petit paragraphe explicatif vite torché dans un recueil qui se dit "spécialisé" dans le mythe et les légendes...

Nidhogg
Sous cette forme (créée par Walter Ego), il ressemblerait presque à un Dragon oriental...

Dragon aux multiples noms et apparences (il a beaucoup changé à travers les âges suivant les auteurs, les erreurs de traduction ou les adaptations personnelles peu soucieuses de rester fidèle à l'original. Après tout, tant que ça crache le feu et que ça a des ailes, ça fait un Dragon pour beaucoup...), Nidhogg, Nidhöggr en vieil islandais (voici un petit panel de ses autres noms : Nîdhoggr, Nidhooggr, Nidfol, Nidfolr... Maintenant tentez de les prononcer tous dix fois très vite), le nom de ce Dragon cosmique signifierait plus ou moins : "celui qui frappe vers le bas" ou "celui qui frappe férocement".

Selon certains auteurs, il est décrit comme une titanesque vipère (le scénariste de bande-dessinée Jean Van Hamme, le représente d'ailleurs dans la saga de Thorgal sous la forme d'une immense vipère aux yeux rouges et possédant sept queues...), d'autres comme un Dragon serpentiforme souterrain, et une version différente le dépeint comme un Dragon occidental classique. En décortiquant différents textes, nous pourrons deviner plus ou moins son apparence réelle ainsi que son rôle dans la mythologie scandinave.

Nidhogg
Nidhogg sous la forme d'une Dragon occidental.

Tout d'abord, la traduction d'un de ses noms : Nidfol (Nidfolr), donne grosso modo : "celui qui est d'un gris-jaune". Nous savons donc déjà qu'elle est la couleur du duc des langues de vipère (rappelez-vous qu'il passe son temps à trouver de nouvelles injures pour l'aigle Hraesvelgr), quoique...

"Volant, arrivera le Dragon Noir,
Nidhogg montera, depuis les profondeurs de Nitha ;
Comme il survole les plaines, il porte sur ses ailes,
L’âme des damnés : maintenant ils sombrent…"
- Völuspa.

Nidhogg
Interprétation dualiste (deux éléments qui s'opposent) et personnelle de Nidhogg par Zarathus.

A peine avons-nous obtenu une information qu'une autre vient la contredire (rageant non ?). Ce paragraphe nous apprend par contre (et les autres ne diront pas le contraire pour une fois) qu'il est doté d'une paire d'ailes (une autre version nous parle du fait qu'elles sont composées de plumes, à contrario avec les habituelles ailes de cuir de la gent Draconnique) où sont enchaînées (scellées ?) l'âme des damnés (rappelez-vous l'article sur Ragnarök : je parlais d'un Dragon qui, à la fin du Crépuscule des dieux surgira du sol avec des cadavres cloués sur les ailes... Et bien pas besoin de chercher midi à quatorze heure vous avez votre Dragon mystère enfin dévoilé !). Son apparence donc est bien celle d'un semi-Dragon nordique (corps serpentiforme doté d'ailes, pas de membres antérieurs mais de solides membres postérieurs).

L'habitat de Nidhogg :

Il serait bon de savoir où niche notre serpent ailé à la langue bien pendue. pour ce faire rien de plus simple, il suffira comme d'habitude de décortiquer les écrits que nous avons sous le nez :

Nidhogg
Nidhogg en Hvergelmir (oui il n'a pas d'ailes sur cette version).

"Mais la pire demeure se trouve à Hvergelmir :

Là, Nidhogg tourmente
Le cadavre des trépassés."
- Gylfaginning str. 52.

(le second passage n'est qu'un fragment relatant le Ragnarök).

"Le frêne Yggdrasil Frémit de toute sa hauteur.
Il gémit, le vieil arbre.
Le géant s'est libéré.

Qu'en est-il des Ases ?
Qu'en est-il des Elfes ?
Tout le monde des géants gronde,
Les Ases tiennent conseil.
Les nains gémissent
Devant les portes de pierre,
Eux, les familiers de la falaise.
En savez-vous d'avantage vraiment ?

De l'est arrive Hrym
Brandissant le bouclier,
Le monstre immense se met
Dans une fureur de géant;
Le serpent fouette les flots,
L'aigle va glatir,
Nidfol déchirera les cadavres,
Naglfar se détache."
- Gylfaginning str. 51.

Nidhogg
Nidhogg entrelacé dans les racines d'Yggdrasil (par Mona Krog Skogstad).

Nous découvrons donc, que Nidhogg n'est pas uniquement végétarien (il ronge les racines d'Yggdrasil), vu qu'il complète son ordinaire avec des cadavres (un nécrophage en bonne et due forme). Il est également dit qu'il réside à Hvergelmir (qui se situe dans le Monde de Niflheim). La Völuspa nous précise également qu'il s'extirpera (certains auteurs laissent entendre qu'il est enchaîné à Yggdrasil mais rien n'indique la raison) de ce monde par le biais d'un tunnel communiquant avec les montagnes de Nidafioll (que confirme la traduction de son nom qui fait allusion à l'antre d'un Dragon) d'où il surgira après le Ragnarök...

Le rôle de Nidhogg :

Que fait donc un Dragon au sein même du frêne qui soutient les mondes ? Quel rôle à t-il à jouer dans cette histoire ? Voici donc quelques extraits du Gilfaginning qui pourront nous en dire plus sur la raison de sa présence sous l'une des racine du grand frêne :

"Gangleri demanda : "Y a-t-il d'autres choses remarquables à dire du frêne ?"

Le Très-Haut répondit : "Il y a maintes choses à raconter à son sujet. Dans les branches du frêne est perché un aigle dont le savoir est très vaste; entre ses yeux est perché un faucon appelé Vedrfolnir. Un écureuil du nom de Ratatosk court de bas en haut et de haut en bas le long du frêne et transmet les paroles haineuses que s'échangent l'aigle et Nidhogg. Quatre cerfs, appelés Dain, Dvalin, Duneyr et Durathor, courent dans les branches du frêne et broutent les jeunes pousses. Mais, dans Hvergelmir, il y a tellement de serpents en compagnie de Nidhogg qu'aucune langue ne peut les compter. Voici ce qui est dit ici :

Le frêne Yggdrasil
Subit des épreuves
Plus grandes que ne le savent les hommes.
D'en haut le cerf le broute,
Sur le côté il pourrit,
Et d'en bas Nidhogg le ronge.

Nidhogg
Un repas coriace mais nutritif (magnifiquement illustré par la talentueuse Ruth Taylor)...

Il est dit également ceci :

Plus de serpents
Se trouvent sous le frêne Yggdrasil
Que ne peut se l'imaginer
Un vieil insensé :
Goin et Moin -
Ce sont les fils de Grafvitnir -,
Grabak et Grafvollud,
Ofnir et Svafnir,
Je sais que toujours
De l'arbre ils rongeront les rameaux."
- Gylfaginning str. 16.

Ce passage qui relate en détail le bestiaire d'Yggdrasil, nous montre que Nidhogg ronge les racines (qui représentent le fondement des Mondes) du frêne titanesque, détruisant peu à peu le monde tel qu'il est par ses actions. Pour beaucoup, il est ainsi représenté comme un destructeur, certains auteurs peu doués allant jusqu'à dire qu'il plongera le monde dans le chaos d'où il est issu (ce qui est grotesque pour celui qui sait comment se déroulera le Ragnarök)... Pour ma part, je le vois plus comme l'annonciateur de la fin d'une ère pour une autre (donc il incarne le changement).

Nidhogg
Version très personnelle de notre semi-Dragon.

Le dernier paragraphe nous parle de serpents (Grafvitnir, Goin, Moin, Grabak, Grafvollud, Ofnir, Svafnir) en très grand nombre qui partagent la retraite de Nidhogg... La plupart de ceux qui veulent parler de notre écailleux ami, s'imaginent qu'il s'agit là de simples ophidiens... Grave erreur, vu que ce n'est rien d'autre qu'une horde de Dragons (vous avez déjà vu une vipère qui mâche des racines avec des crochets à venin ?) inféodés à Nidhogg et accomplissant la même tâche que leur maître (ou leur père qui sait) : provoquer le changement.

Lorsque se terminera le Crépuscule des dieux, un nouveau cycle commencera avec de nouveaux dieux (Balder et son épouse Nanna revenus du royaume de Hel) un couple d'humains survivants et un monde en devenir. Nidhogg se libèrera enfin de l'étreinte d'Yggdrasil (sa progéniture également je suppose) emportant sur ses ailes les âmes damnées, pour s'envoler au loin.

Nidhogg
Version plus Elémentaire de notre Dragon...

Voilà que se termine le premier article traitant des Dragons associés aux éléments (celui-ci étant la terre n'en doutez pas). J'espère que sa lecture vous aura autant plu que moi sa rédaction (je me suis tout de même bien torturé l'esprit à certains moments pour rendre le tout aussi complet et digeste que possible), je ne puis que vous donner rendez-vous pour le prochain article qui abordera le Dragon lié au feu.

Idraemir